Note

Lundi 20 juin 2005

Avec son petit livre rouge Menu a mis les pieds dans le plat. Je ne commenterai pas la pertinence de ses propos ni la forme, mais certaines réactions que ce livre polémique a suscitées. En particulier celles de Boudjellal, la principale tête de turc de Menu. Alors que Menu attaquait sur le traitement accordé au média par les éditeurs, Boudjellal répondait sur le plan personnel accusant Menu d'être surcultivé, d'être né une petite cuillière en argent dans la bouche etc... J'ai pû à cette occasion découvrir au détour d'un forum que certains dessinateur de bande dessinée étaient socialement favorisés : à savoir qu'ils n'avaient pas besoin de travailler pour vivre et la bande dessinée ne leur était donc pas vitale financièrement. Etaient cités par exemple de Crécy et Guilbert.
On peut donc se demander s'il existe une bande dessinée bourgeoise, une bande dessinée de riches faites pour des riches.
Mais tout d'abord, rien techniquement ne place la bande dessinée comme un art de riches, elle est par nature peu coûteuse. De plus parmi les nombreux auteurs, peu vivent de leur art, les autres sont-ils donc pour autant des bourgeois ? Non, la plupart ont un métier alimentaire. Finalement un auteur de chez Soleil et un de l'Association ont donc les mêmes raisons de faire de la bande dessinée, et quand Boudjellal attaque Menu sur le plan social, il s'agit bien de poujadisme. En faisant cela il défend bien ce que j'appelerais une idéologie de la BD, celle qui consiste à dire qu'il ne s'agit que d'un divertissement léger que les lecteurs doivent se contenter de consommer sans question.
Et d'ailleurs, s'il existe bien un bourgeois dans la bande dessinée, c'est bien ce lecteur conservateur qui ne veut pas lire autre chose qu'il n'a jamais lu et bien soucieux de la cohérence des tranches de ces BD dans sa bibliothèque.
Par martin
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Jeudi 21 juillet 2005

Dans l'idéologie dominante, le monde de la bande dessinée serait partagé en 3 pôles : la BD franco-belge, les comics et les mangas.
Cependant avec Comix 2000, l'Association a montré qu'il existait des auteurs qui, bien que venant de pays d'origines d'un des 3 pôles, avaient beaucoup de similarités.
Que cela signifie-t-il ?
D'abord peut-il exister un 4ème pôle encore non défini ?
Je ne pense pas. Pour qu'il y ait un pôle, il faut quelque chose autour de quoi regrouper les auteurs y appartenant. Or les auteurs de Comix 2000 n'ont rien en commun, pas d'école historique commune, pas de culture commune (la variété des pays représentés peut même laisser penser que certains auteurs ont des cultures hermétiques les unes aux autres).
Pour moi Comix 2000 ne représente ni un courant, ni un pôle. Mais un ensemble de possibles.
Et les 3 pôles majeurs ne représentent rien, ce ne sont que des institutions (éditeurs, écoles ...) sur lesquelles se sont cristallisés des conventions d'écritures en bande dessinée et qui forment le mode dominant dans une région donnée.
Abattons ces notions de franco-belge, comics ou mangas, qui sont les arbres qui nous cachent la forêt. La bande dessinée est multiple.
Par martin
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Mercredi 3 août 2005

Une bande dessinée c'est une bonne histoire racontée lisiblement.
Ce postulat fait partie intégrante de l'idéologie dominante en bande dessinée et est probablement le pire.
Tout d'abord parce qu'il enferme la bande dessinée dans la nécessité de raconter quelque chose. Une bande dessinée c'est donc un bon scénario bien construit, bien ficelé, avec une intrigue prenante. La bande dessinée DOIT raconter quelque chose.
De plus la bande dessinée doit être lisible. On a là à la fois un héritage mal assimilé d'Hergé et l'expression de la fainéantise des lecteurs.
Le problème est que différents acteurs de la bande dessinée se rattachent à ces idées de lisibilité et d'histoire : c'est ce que réclament les lecteurs, c'est ce que produisent les éditeurs, et c'est sur ces critères que sont bien souvent jugés les livres. Et ainsi cette vision atomisée de la bande dessinée représente 99 % de la production sans pour autant être remise en question.
Pourtant si une bande dessinée ce n'est pas forcément une bonne histoire et qu'elle n'est forcément lisible, que reste-t-il ? Tout.
En s'affranchissant de l'histoire, la bande dessinée peut parler de tout, de choses insignifiantes du quotidien, jouer avec le non-sens, devenir abstraite ou n'importe quoi d'autre.
En ne recherchant pas la lisibilité à tout prix, elle peut forcer le lecteur à s'arrêter, à ne pas se gaver de ce qu'il lit, à prendre un instant de réflexion.
Heureusement, il existe déjà des bandes dessinées qui se sont libérés de ces contraintes ineptes. Est-ce que Krazy Kat raconte une histoire ? Vincent Fortemps est-il un auteur lisible ?
Il s'agit bien d'une idéologie car supportée par de nombreux acteurs du média qui l'érigent pratiquement en définition.
A bas les idées reçues, à bas l'idéologie dominante ! Vive la bande dessinée !
Par martin
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Mardi 16 août 2005

Commentaire : Cette exposition est ouverte depuis presque un an déjà et ferme ses portes à la fin du mois, il était donc temps d'aller la voir.
La superficie de l'exposition est vaste et la scénographie travaillée et ludique. On trouve un nombre important de planches, beaucoup de fac-similés (tout comme sur une planche originale, on peut voir les ratures et corrections du dessinateur) et quelques unes originales. Dans la sélection de planches on trouve tout ce qui compose l'oeuvre de Franquin. Ainsi, à mon grand ravissement, on peut voir les dessins originaux des couvertures du mythique Trombone Illustré, ou des essais de couvertures pour les albums de Spirou (dessins précis et en couleurs pas plus grands qu'une carte postale), ou encore les doodles (dessins improvisés et abstraits). On trouve aussi et bien sûr des planches de toutes ses séries avec en plus de Gaston : Spirou, Modeste et Pompom; les idées noires et le Marsupilami.
Aux travaux de Franquin s'ajoutent diverses maquettes créées spécialement pour l'exposition : le bureau de Gaston ou, à mon 2ème grand ravissement, les véhicules des albums de Spirou : sous-marin, voiture et même zorglumobile !
Le regroupement de tous ces dessins permet de distinguer une évolution de Franquin. On y voit d'abord une évolution de caractère, Franquin semble de plus en plus pessimiste avec le temps. Alors que les premiers Spirou véhiculent une vision positive et optimiste de la science et des technologies, les Idées Noires reflètent bien le caractère anxieux de Franquin et sa crainte en l'avenir de l'homme. Ce changement de vision se double par l'évolution graphique de Franquin dont le dessin devient de plus en plus détaillé, de plus en plus minutieux. Jusqu'à devenir constitué d'innombrables petites hachures formant les dessins très sombres des Idées Noires.
Dans cette évolution j'ai noté un changement net dans les années 1965-1966. Ce changement est visible dans les Gaston où avant cette date les dessins sont plus simples (peut-être faits au pinceau ?) et rappellent le style futur de Chaland, et où après cette date le dessin devient plus minutieux et annonce déjà le style graphique des Idées Noires.
Symptomatiquement, les planches de Gaston sont très nombreuses dans cette exposition, à croire que l'oeuvre essentielle de Franquin serait Gaston. Peut-être. Il y a matière à débattre et je crois préférer l'oeuvre de Franquin jusqu'au milieu des années 60 pour le reflet de son époque, pour la retranscription du design mobilier ou technologique, pour son côté encore optimiste et ses histoires alors d'aventures divertissantes.
Le Monde de Franquin est une exposition fournie et j'espère qu'une fois fermée à la Villette, elle trouvera un autre lieu pour devenir une exposition permanente.


 
 
Par martin
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Lundi 13 mars 2006

Dans l'éprouvette n°1 Latino Imparato du comptoir des indépendants décrit le mode de fonctionnement actuel de nombreux libraires. En simplifié, pour assurer une meilleure rentabilité les libraires ne travaillent pas sur stock mais avec une sorte de flux poussé par les éditeurs. La rotation rapide des livres est alors à la mesure des importantes capacités de production des éditeurs et de leur besoin d'écouler cette production.
Outre que ces explications m'ont permis de mieux comprendre les risques pour les petits éditeurs de la surproduction actuelle (je n'avais jusque là pas conscience de toute la chaîne qui me permet de lire un livre), j'y ai surtout trouvé l'écho de ma préoccupation de lecteur et de la raison d'être de ce blog.

En tant que lecteur, j'ai tout d'abord fait le deuil de l'exhaustivité. En 2005, par exemple, il aurait fallu lire 7 à 8 livres par jour pour ne lire que les nouveautés éditées. Puis j'ai même abandonné l'idée d'être au courant des choses. Même en supposant que 10% des livres suffisent à représenter l'ensemble de la production (ce qui me paraît une proportion raisonnable), on passe à 5 livres par semaine (toujours uniquement pour les nouveautés). Laissant l'aspect financier de côté, ce rythme reste encore trop soutenu et ressemble toujours à de la boulimie.

Reste le choix de la qualité. Se pose alors la grande question du lecteur : comment bien choisir ? Dans la résolution de cette question, je vois deux problèmes.
Le 1er est l'impossibilité d'identifier une hypothétique bande dessinée de qualité. J'ai exclu en ce qui me concerne les uns après les autres tous les "faiseurs d'opinion". La critique visible est incapable ou, bien pire, vendue aux éditeurs. Pour ce qui est des éditeurs eux-mêmes, leurs collections ne sont une garantie de rien du tout et frôlent bien souvent la malhonnêteté (j'ai dis ailleurs tout le mal que je pensais d'un livre comme Blankets qui est symptomatique de l'édition actuelle, on peut se reporter aussi au petit livre rouge de Menu pour une analyse fine). Quant à la communauté bédéphile, je ne m'y retrouve pas car, tout simplement, le bédéphile est avant tout un bédévore (avec tout ce que cela entraîne). Parmis tous ces gens, je suis finalement le plus apte à définir ce qu'est un bon livre.
Le 2nd problème est plus pervers et plus dans l'air du temps. Il se résume dans l'idée de vouloir lire de bons livres. Autrement dit ne lire que des bons livres et à coups sûrs. Dans ce rejet du risque, il faut s'en remettre à d'autres et abdiquer alors tout esprit critique.

Le lecteur que je suis se sent souvent étranger à cette vague entité qu'est la bande dessinée. Et ce blog est l'unique moyen que j'ai trouvé pour m'aider à me construire en tant que lecteur. Il est donc fait pour moi et uniquement pour moi, je ne cherche pas à partager mes lectures (exercice bien vain puisque le rapport que l'on a au livre est principalement lié à notre expérience), et encore moins à faire une sélection sur ce qu'il faudrait lire (à chacun de se démerder face à cette avalanche de livres).
Ce blog est un frein, une pause. Il est ce qui me permet de ne pas être pris dans le torrent, de ne pas chercher à tout savoir ou, pire, à être au fait de l'actualité. Il est ce qui me permet de revenir sur mes lectures (je prétends ici à l'exhaustivité de celles-ci), de m'assurer non pas de la qualité des livres lus mais que leur lecture a été faite en toute conscience au moment où elle a eu lieu. Ralentir, pour ne pas subir, est ma seule action possible.
Par martin
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Mercredi 26 avril 2006

J’ai tenté ici de réunir de manière synthétique les commentaires parus sur le sujet Chaland du forum de BDParadisio (il faut lire en particulier les premières interventions dans l’ordre chronologique et encore plus particulièrement celles de RamoNash, Nemo et francois).
Je n'ai vérifié aucune de ces informations, il convient donc de les prendre pour ce qu'elles sont, c'est-à-dire des indices pour une lecture plus approfondie. 

On trouve dans La Comète de Carthage des références :
 

  • - Littéraires : Salammbô (Le rêve des pages 33-35 revisite l'oeuvre. La tirade de Dina page 19 parodie probablement le style de Flaubert dans Salammbô).

  • - A la bande dessinée :
    • - L’Etoile Mystérieuse, toute l'ambiance des 10 premières pages de l’album de Tintin (un bolide va s'écraser sur la terre) se retrouve en quelque sorte à  travers l'histoire de la comète. On trouve aussi par exemple cette phrase de Tintin :"maudite étoile !", et celle-ci de Fernand le gendarme: "maudite comète. Nous mourrons tous !" (page 17).
    • - Les Hommes Grenouilles, qui est la dernière histoire de Spirou dessinée par Jijé en 1951 et qui se passe à  Cassis dans les Calanques. Dans l'histoire de Jijé, Fantasio s'est acheté un bateau pour faire visiter les calanques aux touristes et a baptisé son bateau "Fantasia", or Freddy Lombard possède lui aussi une barque qui porte le nom de "Freddy Lombard". Dans l'histoire de Spirou les héros vont trouver refuge dans une grotte aménagée qui évoque celle de Freddy, Dina et Sweep. Enfin, le trio pratique la plongée sous-marine tout comme l'officier de marine à  la recherche de son coffret de diamants.
    • - Le bathyscaphe pourrait renvoyer à L'Enigme de l'Atlantide.
    • - La panne de télé pourrait renvoyer à La Marque Jaune.
    • - La clef de bronze de Bob et Bobette (album dessiné en 1956) pour la recherche d'amphores (planche 9 entre autres).
    • - L'ouragan de feu de Lefranc (qui a du être dessiné vers la même époque) pour le phare (planche 1 de La Comète de Carthage).
  • - Historiques :
    • - Les événements de Budapest en Octobre 1956 (page 12). Si l'action se passe en 1956 (Budapest, gouvernement provisoire d'Imre Nagy), elle se passe cependant vers le 24 mai (voir page 40, date du meurtre). Il y a donc là une incohérence.
    • - Il y a aussi une référence aux Emeutes en Tu(nisie) (voir journal page 6).
    • - La ville de Carthage (page 44) fut prise en 146 avant J-C à  l'issu de la 3e guerre punique par Scipion Emilien et rasée.
  • - Culturelles :
    • - Phidias (Vème siècle avant JC), sculpteur grec, dirigea le chantier de l’Acropole, est l’auteur des frises du Parthénon.
    • - Euripide (Vème siècle avant JC), auteur de tragédies dont Les Phéniciennes, on sait que Carthage a été fondée par la cité phénicienne de Tyr.
    • - Carier-Belleuse (1824-1887), sculpteur français.
    • - Deleuze, Gilles (1925-1985), philosophe.
    • - Le professeur Auguste Piccard (1884-1962), a réellement existé, est l'inventeur helvétique du bathyscaphe en 1948, a servi de modèle à  Hergé pour le personnage de Tryphon Tournesol lui aussi inventeur d'un sous-marin quelques années auparavant.
    • - Les postes de radios jouent Syracuse (page 12) de Henri Salvador et Bernard Dimey.
    • - "Quis, quid, quibus, ausiliis, cur, quomodo, quando" (page 25) signifie : "Qui ? Quoi ? Où ? Dans quel but ? Pourquoi ? Comment ? Quand ? " C'est un hexamètre mnémotechnique qui renferme ce qu'en rhétorique on appelle les circonstances : la personne, le fait, le lieu, les moyens, les motifs, la manière et le temps. Il est intéressant de noter qu'il résume toute l'instruction criminelle, et que l’histoire de La Comète de Carthage concerne bien le meurtre d’Ava.
    • - "Semper sapiens" signifie en tous temps raisonnable (toujours sage).
    • - "Fugientem Italiam" (page 14-15) est probablement tiré de L'Enéide de Virgile. Enée après la chute de Troie se réfugie à  Carthage chez la reine Didon.
    • - Le péplum qui passe à la télé peut être le "Jules César" de Joseph Mankiewicz (1953) d'après la pièce de Shakespeare avec Marlon Brando (Marc Antoine) et James Mason (Brutus)
    • - Dans le "dialogue des objets", Carrier-Deleuze menace son hôte du "supplice qu'infligea Philoctète au suborneur de la femme de Ménélas". Il faut ici se référer à  L'Iliade : le suborneur en question est Pâris, la femme de Ménélas est la belle Hélène. En enlevant cette dernière, Pâris provoque la guerre de Troie. Philoctète, général aux ordres de Ménélas mis à  mort Pâris qui était aussi l'assassin d'Achille. On peut donc supposer que Freddy, après sa tentative infructueuse de fuite avec Alaïa, apparaît aux yeux du sculpteur comme un nouveau Pâris.
    • - Théopompe (Vème avant JC), orateur et historien grec, "brillant dans l'éloquence et l'apparat, il obtient un prix pour son éloge de Mausole".
    • - Hipponax (Vème avant JC), poète grec, "les courts fragments conservés de ses satires acharnées révèlent la force de son réalisme, surtout dans l'évocation de la vie et du langage de la pègre qui l'entourait".
    • - Sophocle (page 24 sur la table se trouve un livre de Sophocle), auteur d'une tragédie intitulée Philoctète.
    • - La référence au dieu Pan est confortée dans l'album par la statue présente systématiquement dans l'atelier au premier plan dans les pages 14,19, 26 et qui représente, précisément, le dieu Pan. Page 26 toujours on peut voir une peinture au mur de la villa où l'on reconnaît une bacchanale avec satyres et Ménades.


    En plus de ces références, on peut aussi y voir quelques interprétations :

    • - Le destin de la statue de Salammbô au cours de l'histoire : lorsqu'on voit la statue pour la première fois, elle est visible entièrement mais le visage est inachevé. Par la suite (page 26) elle est recouverte d'un drap humide qui nous la rend invisible. Ensuite (page 31), alors que Freddy se rend la nuit dans l'atelier après qu'Alaïa ait blessé Carrier-Deleuze, on comprend que ce dernier a achevé sa sculpture dont le visage nous est partiellement caché par le linge. Enfin, alors que l'histoire s'achève, la dernière case (qui n'en est pas une puisque c'est un médaillon), nous montre enfin le visage de Salammbô, mais la tête de la statue a été brisée par la chute de la branche.

    • - Symbolique de la comète : annonce la décadence d’un peuple et sa destruction

    • - Le trio classique en prend un coup : le récit de La Comète de Carthage détruit les liens habituels qui existaient entre les trois personnages récurrents de la série. On pourrait justement penser que c'est le passage même de la comète qui est responsable de cela. Dina et Sweep sont mis à l'écart mais Freddy, lui, quitte un trio pour un autre : l'histoire, dès les pages 13-14 va se recentrer sur Freddy/Alaïa/Carrier-Deleuze dans un triangle amoureux éminemment classique. Cela est peut-être étrange en effet, mais c'est dû probablement à une volonté des auteurs : dans la première version de la page 20 (celle parue dans Métal n° 113) il y avait une longue case où l'on voyait Dina et Sweep se lamenter. Sweep dit ceci : "Depuis le petit drame de la bague il y a une semaine, Freddy ne nous adresse plus la parole et disparaît tous les jours à la même heure. A croire que nous n'existons plus." On constate qu'après le cataclysme (et le départ d'Alaïa) le trio se ressoude devant l'adversité alors qu'à la page 45 (deux pages avant la fin), Sweep se retrouvait seul avec Dina à l'occasion de son anniversaire.

    • - Le concert des transistors : il semble que le principal intérêt de la présence des transistors dans La Comète de Carthage est la planche 10 (p.12). On y voit Freddy en chef d'orchestre (à rapprocher du rôle des auteurs) dont les musiciens seraient les transistors jouant chacun leur thème :
      • - Thème politique (Imre Naguy)
      • - Thème géographique/historique (Syracuse)
      •  - « crrrrrrrrrr » ... le libre arbitre des créateurs qui s'amusent à brouiller les pistes et embrouiller le lecteur.
      • - Partition musicale inconnue
      Dans cette case de La Comète de Carthage (page 12), Chaland a traduit la solennité de la musique classique en opposant la sévérité et la rectitude des portées aux lignes ondulantes de la mélodie charmeuse de "Syracuse". C'était sans doute la meilleure solution graphique qu'on puisse trouver : non seulement il arrive à évoquer de manière visuelle une sensation auditive mais il réussi à nous faire entendre deux genres musicaux différents.

    • - L’univers de référence : on peut signaler que Chaland a délibérément choisi comme univers de référence celui de la BD belge de l'âge d'or. Ainsi, Le jeune Albert et Bob Fish reprennent le cadre temporel du Secret de l'Espadon (avec sa guerre sino-occidentale), tandis que La Comète de Carthage se situe au moment de L'Etoile Mystérieuse. C'est une forme d'intertextualité, où le monde réel s'éclipse au profit de celui de la BD. Freddy et Bob Fish sont donc des contemporains de Tintin et de Blake et Mortimer. Cette reprise amusante joue sur la confusion entre le fait historique réel (Budapest, les problèmes de la Monarchie belge) et l'histoire parallèle imaginée par Hergé ou Jacobs. Du coup, les clins d'oeil sont tarabiscotés : Chaland s'inspire de Tournesol pour créer son personnage de savant lunatique qu'est Piccard, alors même que justement Tournesol est directement inspiré du vrai Piccard.
      On peut dire aussi que les années cinquante de Chaland ne sont pas un cadre historique, mais une recréation artistique qui s'inspire de l'esthétique de l'époque (le design, la mode, la foi naïve dans le progrès technique) sans chercher à vraiment restituer les mentalités du temps. Les préoccupations de Chaland sont modernes, on peut aussi dire que Chaland a "inventé" ses années cinquante, il était passionné par le design de ces années là, il collectionnait le mobilier Arflex et Tecno, celui qui meuble les BD de Franquin dans les aventures de Spirou. Son atelier, le lieu où il créait, reproduisait un environnement année cinquante. Ainsi il est scrupuleux dans le rendu de certains détails.
      Tout l'univers des albums de Chaland est dans le cadre de la Belgique des années 50, c'est-à-dire celui de la BD belge de l'âge d'or, même quand ils se passent en Afrique (au Congo, belge quand même) ou à Cassis (celui de Jijé). C'est vraiment ce qui est fascinant : un univers de référence largement fictif, celui de la BD, même quand il se réapproprie le temps historique, comme c'est le cas pour Budapest. Chaland s'adresse à des lecteurs de BD, dans un univers de BD. C'est pour ça que l'incohérence chronologique de La Comète de Carthage n'est pas très importante (on entend parler à la radio des évènements d'octobre alors qu'on est au mois de mai). 

    • - Le pastiche : à propos du monologue de Dina face à la mer, il ne s'agit évidemment pas d'une vraie citation de Flaubert, mais d'un détournement, d'un pastiche de Salammbô, tout comme la dramaturgie de la Tragédie classique (avec les fameuses trois unités : de temps - celui de la comète -, de lieu - le huis clos à Cassis, et d'action - l'évasion de la jeune fille) est quasi parodiée : la scène finale du Kraken donne un ton burlesque, alors même qu'on attend une issue fatale (mais, là encore, c'est pour rappeler que Chaland se place dans une logique de bande dessinée).
  • Par martin
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    Mardi 30 mai 2006

    Hier soir se tenait au centre George Pompidou à Paris une rencontre sur le thème du feuilleton en bande dessinée.
    Cette rencontre s'inscrit dans le cadre d'un cycle de conférences sur « Les territoires de la bande dessinée ».

    Voici le texte de présentation :


    A travers trois générations d'auteurs, cette rencontre retracera quelques étapes majeures de l'histoire de la bande dessinée francophone en tentant de répondre à quelques questions cruciales. La menace de la loi du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse a-t-elle pesé et pèse-t-elle encore sur le 9e art ? Les principes du feuilleton et du suspense sont-ils viables depuis la disparition des hebdomadaires ? Quel a été l'impact de la concurrence des feuilletons télévisés à partir de la fin des années 1960 ? Comment se positionnent des auteurs francophones face à la montée du manga depuis le début des années 1990 ? Le format standard franco-belge est-il adapté aux pratiques culturelles et de divertissement actuels ? Autant de questions auxquelles répondront quatre auteurs dont les séries sont un véritable succès public (Ric Hochet, Thorgal, Yakari, Le Scorpion...) et un des éditeurs de manga les plus prolifiques, Kana.

    En présence de :
    - Derib, scénariste et dessinateur (Buddy Longway, Yakari)
    - Stephen Desberg, scénariste (Le Scorpion, IRS, Rafales)
    - Yves Schlirf, directeur éditorial de Kana (Yu-gi-ho !, Naruto, St Seiya)
    - Tibet, dessinateur (Ric Hochet, Chick Bill)
    - Jean Van Hamme, scénariste et romancier (Largo Winch, Thorgal, XIII)

    Cette rencontre sera animée par Benoît Mouchart, critique, auteur, et directeur artistique du Festival international de la bande dessinée d'Angoulême.


    Voilà pour le cadre. Pour le résultat, j'aurais envie de dire : 2 heures inutiles !

    Le choix des auteurs me paraissait déjà suspect, puisqu'il s'agit (pour 3 sur 4) d'auteurs classiques qui sévissaient avant même ma naissance (1974, ça fait un moment et il s'en est passé des choses depuis). Ils ne peuvent donc amener qu'un point de vue historique sur le feuilleton en bande dessinée. Peut-être aurait-il fallu avoir Giroud ou Brunschwig pour connaître les velléités des scénaristes modernes. Schlirf lui-même représentant Dargaud offre aussi un point de vue classique. 

    De plus la nature même de la rencontre (une discussion libre entre auteurs) empêche la construction d'une réflexion. Et Mouchard (l'animateur) pousse les auteurs à raconter des anecdotes (qui font sourire, parfois rire mais qui restent des anecdotes) et les fait ainsi passer pour de vieux soldats qui considèrent la bande dessinée comme une récréation et radotent sur le passé.

    Oubliées donc les étapes majeures et les questions cruciales annoncées. Et avec peine, je note les points suivants :

    - Aujourd'hui les éditeurs (à la sauce Dargaud j'entends) considèrent que feuilleton égale série et qu'il nécessite régularité et fréquence. Le besoin de fréquence (le lecteur ne supporterait pas d'attendre entre 2 tomes d'une même série) explique les différentes solutions (Décalogue, Collection 32) que les éditeurs développent.
    - Jean Van Hamme ne comprend rien au manga, il se révèle même totalement ignare voire étroit d'esprit.

     

     

    Moral de l'histoire : ne pas perdre son temps dans des discussions/débats/conférences sur la bande dessinée.

    Par martin
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    Mardi 20 juin 2006

    Ça y est un an de blog ! Pour cette première année, je voulais faire un bilan, un beau bilan, avec plein de chiffres et statistiques diverses et illustrés de camemberts colorés. Ces chiffres auraient qualifié mes lectures. Quels genres, quels auteurs, quelles époques, quel budget (importante question pour quelqu'un qui achète pratiquement tout ce qu'il lit), etc ...
    Je voulais aussi pouvoir qualifier ce blog. Nombre de notes, fréquence de mise à jour, évolutions du trafic, etc ... A nouveau avec des graphes multicolores qui montent et qui descendent.
    Tout ceci dans des paragraphes aux titres accrocheurs et déclinés à partir d'un mot inventé mais astucieux. Comme par exemple "2005-2006, année de la bloguisation."
    Je voulais faire tout cela, mais voilà on n'échappe pas à sa nature de fainéant et je me contente donc d'un petit texte insignifiant.

    Cependant et à défaut de résumer péremptoirement une année de lecture de bande dessinée, je mettrai ici en évidence quelques points forts de cette année (l'ordre et la quantité n'ont aucune signification).


    1. Stanislas

    J'avais lu le 1er tome de son Victor Levallois. Beaucoup trop classique à mon goût. Ces 2 oeuvres associatives sont plus personnelles et donc plus intéressantes.

       


    2. Black Hole

    C'est beau, c'est fort. A relire absolument.



    3. Blueberry

    Sur un forum, un intervenant a qualifié Blueberry de dernière série classique non dégénérée. La formule est bonne, il est certain qu'avec Blueberry Giraud a fait preuve d'audace et d'innovation malgré un carcan classique très contraignant. N'en déplaise aux vieux cons nostalgiques, là je penses en particulier aux ayant-droits de Charlier qui aimeraient figer Blueberry dans ce qu'ils pensent être son essence.

       


    4. Forest

    Indispensables. C'est ce que sont les rééditions de Forest à l'Association. J’avais lu il y a quelques années Ici Même et quelques tomes des Naufragés du Temps. J'étais complètement passé à côté, ne comprenant pas ce que je lisais. Le réalisme graphique des Naufragés du Temps avait probablement induit en erreur le lecteur que j'étais.
    Aujourd'hui je penses que l'oeuvre de Forest doit être lue dans son ensemble pour voir au delà (ou en plus peut-être seulement) du genre immédiat dans lequel chaque élément se situe.

       


    5. L'égouttoir

    Depuis que j'ai parlé d'eux ici, 8 mois se sont écoulés et déjà 4 nouveaux numéros de Gorgonzola sont sortis.
    Le moins que je puisse dire est que leur dynamisme et leur persévérance forcent le respect.
    Et alors qu'ils ont été flanqués à la porte par Menu (l'Oubapo n'appartient pas à tout le monde, les gars !), ils rentrent par la fenêtre grâce à Big Ben (j'ai entr'aperçu une page de Maël dans le dernier Comix Club).
    Il va falloir que je me procure les derniers Gorgonzolas.

      


    6. Manouach

    Avec 2 livres édités (mais bientôt un 3ème) il est difficile de qualifier précisément le travail de Manouach, mais l'auteur est manifestement animé de la volonté d'amener sa bande dessinée sur des terrains peu fréquentés, et son travail sur la narration est de ceux que j'affectionne particulièrement.

       


    7. Ruppert & Mulot

    Je ai été peu convaincu par Safari Monseigneur dont la déstructuration de la narration m'a paru gratuite. Mais l'humour violent et méchant des auteurs est très efficace. La poubelle de la place Vendôme, plus simple dans sa forme est une meilleure façon de les aborder.

       


    8. The League Of Extraordinary Gentlemen

    J'hésite à chaque fois que je parle de la ligue à parler de plaisir régressif ou honteux. Régressif car je me sens comme un gamin qui suit les aventures incroyables de ses héros préférés, et donc aussi un peu honteux car ne devrais-je pas à mon âge me consacrer à des choses plus sérieuses ? N'avoue-je pas ma vraie nature d'être immature ? Peut-être, et alors ?!

       


    9. Une Araignée, des Tagliatelles et au Lit

    Ma lecture préférée de cette année tout simplement. Sans prétention, c'est beau, c'est drôle, c'est poétique, ça joue avec le média. Rien d'innovant, rien d'extraordinaire, juste un simple et vrai plaisir de lecture comme j'aimerais en avoir d'autres.

       


    10. Le Monde de Franquin

    Je suis généralement déçu par tout ce qui est exposition, débat ou conférence sur la bande dessinée. Mais Le Monde de Franquin valait le détour. Très riche en planches et dessins, une mise en scène en adéquation avec le sujet. Une très bonne exposition en somme.

       


    11. Sébastien Lumineau

    Un de mes desinateurs préférés. Le chien de la voisine est un must. Les 2 autres sont moins nécessaires. J'ai actuellement un peu de mal à le suivre car j'ai l'impression qu'il publie dans des revues hors bande dessinée ou confidentielles, en tout cas moins visible pour moi.

             Une année sabbatique


     
    Par martin
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    Lundi 21 août 2006

          

    A la lecture de Sambre, il apparaît que les auteurs se sont imposés des contraintes en n'utilisant pas volontairement certains vocabulaires de la bande dessinée. Sont donc absents de Sambre :
    - les narratifs (ou descriptifs)
    - les lignes de mouvement
    - les onomatopées
    A ces 3 absents, on peut ajouter une restriction sur la gamme des couleurs où le noir et le rouge prédominent.

    Les narratifs
    La bande dessinée use courament de narratifs, on peut leur attribuer plusieurs fonctions :
    - raccord entre 2 scènes : le texte est alors du type "Pendant ce temps là..." ou "Un peu plus tard..."
    - descriptif : le texte vient en complément de l'image que l'auteur peut juger insuffisante.

    Exemple de raccord dans
    Masquerouge - Cothias / Juillard

    Exemple de descriptif dans
    La marque jaune - Jacobs

    a. Le raccord

    Pour conserver la fluidité entre 2 scènes, les auteurs de Sambre vont utiliser 2 modes de substitution :
    - les images-raccords : dans l'exemple ci-dessous le passage de la page 12 à la page 13 correspond à un changement de séquence, la 1ère image de la page 13 de par son site annonce bien le début d'une nouvelle scène et peut être traduite par "Pendant ce temps, sur les barricades..."

    p12 et p13 Sambre tome 4 - Yslaire


    - la mise en page : dans l'exemple ci-dessous, la simultanéité des 3 actions est établie par l'étagement de la page en 3 strips de composition semblable où chaque personnage demeure dans sa ligne.

    p20 Sambre tome 1 - Yslaire / Balac


    b. Les descriptifs

    Qu'il s'agisse de décrire un décor, un paysage ou les états d'âme d'un personnage, les auteurs n'ont jamais recourt à un texte explicatif :
    - les décors : le dessin réaliste, incontestablement très documenté, et l'utilisation d'images de grande taille en début de scène assurent pleinement et crédiblement la fonction descriptive.

    p6 Sambre tome 2 - Yslaire


    - la psychologie des personnages : sans texte commentant ou enrichissant leurs réactions, toute la psychologie des personnages est à la charge de leur attitude et de leurs paroles, autrement dit de leur "jeu d'acteur".

    N'oublions pas que Sambre se veut une tragédie, plus que les évènements, ce sont les personnages qui comptent. En bande dessinée la fonction principale d'un narratif est de permettre la succession des actions, ici ils seraient parasites. En éliminant les narratifs les auteurs nous disent :
    1. L'essentiel n'est pas l'intrigue, mais l'évolution des personnages.
    2. Tout dessin est significatif, et si le lecteur doit comprendre le rôle d'une case apparement inutile ou s'arrêter sur la description d'un décor pour comprendre l'intrigue, il doit aussi à chaque instant se ramener à l'image pour comprendre les personnages. Il ne s'agit pas de savoir si l'image véhicule tout le sens (les personnages parlent aussi), mais de lui donner une fonction supérieure à celle de simple illustration.

    Certaines informations sont difficilement transposables en image : les dates ou les lieux peu connus. Ces indications sont renvoyées en début de chapitre (elles sont alors en marge, hors de toute vignette, presqu'en dehors de l'oeuvre) et ne sont plus rappelées.

    L'absence de narratifs signifie aussi l'absence de narrateur. Ou du moins et puisqu'il y a une histoire, il y a forcément un narrateur, celui-ci reste discret et se cache pour mieux laisser une impression d'autonomie à ses personnages.

    Les lignes de mouvement
    Classiquement le mouvement d'un personnage de bande dessinée est signifié par l'ajout de traits : léger chez dans l'école franco-belge, abondant dans les mangas. Dans Sambre, aucun trait ne vient suggérer le mouvement, c'est à partir de la pose la plus explicite choisie par les auteurs que le lecteur reconstitue le mouvement.

    La menace Schtroumpf - Peyo

    Gunnm Last Order - Kishiro

    Sambre tome 1 - Yslaire / Balac

    Les onomatopées
    L'onomatopé est un mot dont la pronociation rappelle le son produit, elle est à la fois écrit et dessinée.
    Les auteurs de Sambre ne cherchent pas à remplacer l'onomatopée, l'image est généralement suffisante (rappel de l'importance de l'image) : l'agitation des oies pour signifier leurs cris, la flamme au bout du canon des fusils pour la détonation.
    Cette absence de bruit peut amener à des situations certainement volontairement ambigües : au début du tome 4 : on ne sait pas si les personnages entendent plus les oies que les râles d'agonie du père.

    Sambre tome 4 - Yslaire


    Sambre tome 4 - Yslaire

    Moins de code et plus de transparence
    L'utilité de ces 2 dernières restrictions ne paraît pas évidente. De même que les narratifs, ce sont des codes fortement utilisés en bande dessinée au point de s'y confondre : en simplifiant on peut dire que leur utilisation vaut définition.
    Ne pas s'en servir peut donc être vu en premier lieu comme une manière de se démarquer du reste de la production, ce serait alors une position de snobisme de la part des auteurs.
    On peut aussi y voir une manière d'impliquer plus le lecteur, de le bousculer un peu dans ses habitudes.

    On peut noter que les 3 champs évoqués jusqu'à présent ne participent pas à l'illusion référentiel. Les narratifs : blocs de textes dans l'image, les lignes de mouvement : trace de plumes sur le dessin, les onomatopées : hésitantes entre le dessin et le texte, aucun de ces codes n'existent dans la réalité et chacun rappelle la nature physique du dessin.
    Or Sambre est une bande dessinée réaliste aussi bien dans son style graphique que dans ces personnages, il y est important que les personnages soient crédibles, qu'ils paraissent vivants au lecteur.
    Tout élémént rappellant leur qualité de dessins, de simples traces sur le papier anéantit cette possibilité. Et c'est probablement là la raison de ces restrictions, plutôt que d'y voir un effet de style, il faut voir une voir une volonté de faire vivre les personnages.

    Les couleurs
    La gamme de couleurs doit être ajoutée comme 4ème restriction puisqu'elle est limitée. Mais il faut d'abord noter que cette restriction est introduite a posteriori, les albums déjà mis en couleurs avec une pallette plus large ont été repris avec une pallette plus restreinte avec 2 fonctions :
    1. uniformiser la série : les couleurs sont désormais les mêmes sur les 4 livres que compte la série
    2. faire ressotir les rouges. Tout objet, tout ambiance dans les tons rouges ressort désormais par contraste. On peut ainsi répertorier ces items : les yeux de Julie, son épingle, les cheveux des Sambre, la robe d'Isis, les pommes de Valdieu, le sang d'une manière générale, etc ... Les raisons de ces mises en évidences ou les relations qu'elles créent sont à analyser.
    Le travail sur les couleurs ne semble pas répondre aux objectifs de transparence, puisqu'en limitant l'étendue des couleurs, les auteurs s'éloignent de la réalité et font vivre leurs personnages dans un monde en rouge et noir.

    Remarque
    Les restrictions ici indiquées ne sont pas toujours appliquées systématiquement, on notera quelques entorses aux réglements. Ainsi par exemple la détonation d'un pistolet peut être entendue dans le tome 3, et l'on peut voir la canne de Sarah bouger dans le tome 2. On peut donc penser que le style de Sambre s'est fait au fur et à mesure de la réalisation de la série.

    Par martin
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    Jeudi 14 décembre 2006

    Ici est disponible une plaquette de présentation de la sélection 2007 du festival d'Angoulême.

    Il faut tout d'abord noter les efforts louables de cette sélection. Avec plus de 25 éditeurs (le nombre varie en fonction de la manière de compter, Dargaud / Kana pouvant représenter 1 ou 2 éditeurs), le paysage éditorial est représenté aussi bien qu'une sélection peut le faire. Delcourt, l'Association et Cornélius sont les principaux bénéficiaires. La nouvelle Futuropolis est représentée avec 2 livres * . Je n'ai lu que 5 livres sur les 50 présentés. Et comme il est de toute façon difficile de critiquer cette sélection sans avoir les 4000 livres dont elle est extraite, plutôt que dire qu'elle est pertinente je la qualifierai d'attrayante. La persistance du prix du patrimoine est aussi une bonne chose tant ce prix confirme le besoin vital d'un travail historique de la bande dessinée.

    Les défauts ne viennent pas de la sélection elle-même, mais on peut en premier lieu, par exemple, s'interroger sur la pertinence de confronter Universal War One avec La Volupté. Deux livres qui n'ont rien à voir l'un avec l'autre mais qui chacun dans son genre (si La Volupté appartient à un genre) sont de grande qualité. On peut ensuite s'amuser de la prétention du jury qui s'autoproclame expert et nous indiquera les livres qu'il faut absolument lire grâce aux prix des Essentiels d'Angoulême. Cette notion est hautement risible et n'a d'égal que le ridicule du jury à vouloir identifier ces prétendus essentiels. On remarquera ensuite que le festival propose une nouvelle définition au terme alternatif qui est désormais synonyme d'amateur. Mais pour ne choquer personne on doit dire non-professionnel. Encore une action à mettre au crédit de l'idéologie BD qui n'autorise plus un éditeur à se positionner contre un mouvement général et le force de fait à rentrer dans le rang. Vive la grande famille unie de la BD. L'éditeur l'employé du mois concoure à la fois dans la sélection (avec Michel de Pierre Maurel) et pour le prix alternatif. Espérons que Sattouf (pris au hasard) ne sera pas vexé d'affronter un amateur.

    Le travail de sélection est un travail qui impose un consensus (représenter les plus possibles d'éditeurs, de genres, d'auteurs etc.), des livres de qualité sont donc forcément absents de cette sélection. Alors l'attribution d'un prix contribue encore à cet affaiblissement du sens. Car, dans son souci d'universalité, le festival ne va mettre en évidence que 8 livres (1 meilleur album, 6 essentiels et 1 patrimoine) qui ne représenteront plus rien du tout. Finalement l'idéal serait de supprimer la notion de prix, de ne garder que la sélection comme un moindre mal et d'utiliser les ressources du festival (sa visibilité médiatique principalement) pour parler correctement de ces 50 livres sélectionnés. Au lecteur ensuite de faire son choix.


    * On se rappellera que près de la moitié de la sélection de l'ACBD était constituée de livres de Futuropolis. Plus qu'une action de lobbying, on pouvait voir là une nouvelle preuve de l'indigence des membres de cette association. La ligne éditoriale de la nouvelle Futuropolis s'inscrit parfaitement dans la médiocrité de la BD entre auteurs faibles et prépondérance du scénario.

    Par martin
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