Lecture

Lundi 20 juin 2005

Auteurs : Rossi / Nury / Dorison
Editeur : Dargaud

Commentaire : En mettant fin à Jim Cutlass, Giraud avait dit à Rossi de se trouver son XIII, autrement dit une série à succès lui permettant d'exposer au plus large public possible son talent.
Sur le papier W.E.S.T. semble être cette série : un genre classique, le western, légèrement décalé : une époque post-western (le début du 20ème siècle) et pas mal de fantastique. Ces éléments démarquent d'emblée W.E.S.T. des autres séries western, tout en rappelant d'autres oeuvres populaires comme la série télévisée les mystères de l'ouest. On est donc en terrain connu tout en étant un peu original. Les scénaristes Dorison et Nury (auteurs d'autres séries à succès) semblent eux aussi permettre à W.E.S.T. d'être une grande série.
Pourtant, je suis bien obligé (et malgré toute l'estime que j'ai pour l'oeuvre de Rossi) de constater que W.E.S.T. n'est qu'une demi-réussite. Si le mélange du fantastique au western est bien réalisé, l'intrigue trop complexe du scénario rend bien laborieuse la lecture. Et les relectures nécessaires n'amènent rien d'autre qu'une meilleure compréhension de la mécanique du scénario sans apporter de profondeur aux personnages ou aux thèmes abordés (si seulement il y en a d'autres que celui du fantastique).
Mais le plus décevant est bien l'écriture de Rossi. Celui-ci nous avait habitués à beaucoup mieux, tout son travail avec Letendre est une démonstration du niveau d'exigence auquel il peut prétendre. Malheureusement il semble ici perdu dans la complexité de l'histoire et cherche bien souvent à faire de l'effet : utilisation de pages doubles malheureusement cassée par la reliure du livre, éclatement d'une case, bousculement de la mise en page. Ce à quoi on peut ajouter un dispositif instable : bulles rectangulaires côtoient des bulles rondes sans raison, l'espace intericonique est variable. La lecture en devient agaçante.
Pour l'instant W.E.S.T. n'est pas une série à la hauteur du talent de Rossi, mais on peut encore compter sur un effet de série qui permettra peut-être d'approfondir les personnages et de rendre plus digeste la recette qu'utilisent les auteurs.


Par martin
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Samedi 25 juin 2005

Auteur : Camille Jourdy
Editeur : Drozophile

Commentaire : Voici certainement le livre le plus intéressant que j'ai lu depuis bien longtemps.
On y suit plusieurs personnages : Anna une petite fille espiègle, un écrivain en manque d'inspiration et sa femme, Adèle une jeune femme bibliothécaire (personnage de l'écrivain) qui se rêve une vie, le fantôme d'un pirate qui s'est échappé de son cadre et un poisson-baleine mangeur de touristes. Tous ces personnages vivent d'abord leur vie de façon bien séparée mais finissent contre toute logique par se réunir.
Pour son premier livre, Camille Jourdy fait preuve d'une grande maîtrise du média et nous livre là une oeuvre déjà aboutie. Elle utilise allègrement différents dispositifs : du texte illustré à la bande dessinée en bandes, utilisant ou non à souhait le cadre des images, introduisant les chapitres par des strips non narratifs. Elle se permet une liberté totale sans jamais perdre de vue la narration et la description de ces personnages qu'elle réussit admirablement bien à définir.
C'est un livre sans prétention sans volonté de bousculer le média, mais l'utilisant pleinement pour croquer des personnages attachants et des situations doucement décalées.
A lire de toute urgence si ce n'est déjà fait.


Par martin
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Lundi 11 juillet 2005

Auteur : Bellefroid
Editeur : Niffle

Commentaire : Pour les observateurs attentifs de la bande dessinée, ce livre n'amènera rien. Les entretiens sont trop simplement menés, Bellefroid ne cherchant pas à amener le débat ou à pointer les partis-pris ou la langue de bois des uns et des autres. Chaque éditeur est donc dans son rôle et tient le discours que l'on attend de lui. En nous proposant une simple suite d'entretiens, Bellefroid n'ajoute aucune analyse à ce qui est dit par les éditeurs. Les bandes dessinées proposées par les dessinateurs tiennent plus de l'anecdote amusante que du contre-point que pourrait donner le point de vue du dessinateur. Finalement la seule qualité de ce livre est de proposer une vision contrastée de la bande dessinée d'aujourd'hui, on pourra donc le relire dans 20 ans pour juger alors de l'évolution de l'édition.


Par martin
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Lundi 11 juillet 2005

Auteur : Giraud
Editeur : Dargaud

Commentaire : Il aura fallu à Giraud 78 pages pour régler toutes les intrigues qu'il avait tissées depuis le début du cycle de Mister Blueberry.
Et c'est la première chose que l'on ressent à la lecture de cet album : la nécessité de clore tout ce qui avait été commencé. Au détriment de certains personnages comme le tueur Ringo dont la mort est bien vite torchée en fin d'album, ou le jeune Boone qui disparaît tout simplement.
Avec cet épisode, chacun conservera son opinion sur la série : les fans trouveront que Giraud n'a toujours rien perdu son talent, et les anti-Giraud continueront à ne voir que les faiblesses de son style (surabondance de textes, personnages à la physionomie variable, difficultés narratives parfois etc...).
Ce n'est donc pas un album exceptionnel, mais mettant fin à un cycle il permet de faire le point sur la vision de Blueberry par Giraud seul aux commandes sans Charlier.
Dans ce cycle Giraud aura bien joué avec le personnage. Il l'a tout d'abord sorti du schéma classique de l'aventure et de l'action sans cesse. Blueberry est ici la plupart du temps inactif (assis à une table de poker, convalescent au lit ...).
De plus, en parallèle de cette histoire (qui est jusqu'à maintenant la plus récente dans la série), Giraud nous narre la plus ancienne (antérieure à Fort Navajo), où le personnage apparaissant comme une véritable épave alcoolique est encore en contradiction avec l'image du héros que l'on a.
En nous narrant simultanément la première et la dernière aventure de Blueberry, Giraud crée un pont sur toute son histoire, et faisant alors de Charlier un simple intérimaire dans le rôle de scénariste de Blueberry, il s'approprie définitivement le personnage.
Mais comme dans toute bande dessinée d'aventure classique, à la fin de Dust, Blueberry redevient celui qu'il était en perdant sa fortune et se remémorant ses anciens compagnons.
Et le prochain album sera certainement un retour à l'aventure classique mais avec un personnage définitivement changé.
Mister Blueberry est donc une métamorphose pour le personnage et un manifeste de propriété pour son auteur.


Par martin
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Dimanche 17 juillet 2005

Auteurs : Trondheim / Sfar / Kerascoet
Editeur : Delcourt

Commentaire : C'est désormais Kerascoet qui s'occupe du dessin de cette série à la place de Sfar, et le passage de relais est réussi et bénéfique. Le dessin de Sfar était bien irrégulier dans les 3 tomes précédents. Kerascoet réussit quant à lui (il s'agirait en fait de 2 auteurs) à allier la caricature (les gueules cassées des personnages) à des dessins plus complexes tels que les dragons du lagon ou un magnifique TONG DEUM (le plus impressionnant de la série jusqu'à présent). Cet album est un vrai plaisir de dessin.
Mais la série semble atteindre ses limites, la ramification incessante des histoires rend difficile le positionnement de cet épisode dans l'ensemble. Si on ajoute à ça le fait que l'épisode précédent à fait l'objet d'un triptyque avec 2 épisodes de Donjon Monster, le thème de Donjon Crépuscule me paraît maintenant bien confus : est-ce l'histoire de Marvin et Herbert ? ou de Marvin et ses enfants ? une épopée initiatique pour Marvin rouge ?
Donjon reste cependant une série à suivre et avec la reprise du dessin de Donjon Zénith par Boulet, on pourra maintenant s'interroger sur le rôle des dessinateurs dans cette saga.


Par martin
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Mardi 19 juillet 2005

Auteur : Imius
Editeur : Les taupes de l'espace

Commentaire : J'adore tout ce que fait Imius. Et Le chien de la voisine n'échappe pas à la règle. Ce que j'aime le plus chez cet auteur, c'est la modestie de ces bandes dessinées. Ici pas de dessin spectaculaire, on a l'impression que le dessin a été fait sur le coin d'une table. Pas de scénario incroyable, l'univers d'Imius est le quotidien et il semble souvent s'attarder sur les petits moments insignifiants.
Mais tout ceci n'est qu'apparence. On peut trouver dans cet album quelques procédés tels que la série, l'itération, l'insertion ou de multiples formes d'ellipse. Procédés utilisés en toute discrétion. De même, en prenant son temps, Imius met en place doucement une ambiance et creuse les personnages. L'attitude paranoïaque des voisins ou le désir du père sont parfaitement décrits.
Sous un style humble, se cache un grand auteur.


Par martin
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Lundi 25 juillet 2005

Auteurs : Youn In-Wan / Yang Kyung-Il
Editeur : Pika édition

Commentaire : Déçu par Gunnm Last Order (mais pour quelles raisons obscures l'auteur n'était-il pas satisfait de la fin de la 1ère série ?), je cherche désespéramment un manga de remplacement. Celui-ci doit donc être très violent avec des combats fréquents où s'opposent des adversaires improbables et où les corps sont déchiquetés ou explosent dans des geysers de sang. Le dessin doit être soigné et les conventions du manga utilisées à outrance. Quant aux personnages, la longueur de la série doit permettre leur approfondissement.
On trouve dans le nouvel angyo onshi au moins la violence et le style propre aux mangas d'action. Cette série est donc une bonne piste. Cependant le schéma des chapitres semble posé : à chaque épisode, le héros punit le méchant soit par l'utilisation de ses pouvoirs mystiques, soit avec plus d'ingéniosité s'il le faut. La seule originalité du personnage est le cynisme dont il fait preuve, il apparaît plus comme un punisseur (il châtie le pécheur, le fautif) que comme un défenseur de l'ordre (il ne cherche pas à protéger le faible ou l'innocent dont il semble se moquer éperdument).
Cette série mérite donc la lecture d'un autre tome pour essayer de déterminer si les auteurs vont quelque part.


Par martin
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Mercredi 27 juillet 2005

Commentaire : Il y a dans l'acte de lecture d'une bande dessinée Disney un côté évidemment régressif. Mais ce serait un tort de se limiter à cet aspect. On y trouve aussi les plaisirs des lectures simples et distrayantes dus au style rond du dessin, à l'omniprésence de l'humour, des intrigues faciles et de l'aventure.
Ayant beaucoup lu de ces histoires étant enfant (et même un peu plus âgé), Mickeyville et Donaldville forment un univers qui m'est très familier. Et j'en lis à présent un de temps en temps comme on peut rendre visite à un vieil ami.
Les ingrédients sont toujours les mêmes. Il y a tout de même une petite volonté de renouvellement voire de modernité avec l'apparition de nouveaux personnages : Michel Souris, Power Duck ... J'ai d'ailleurs été bien déçu par ce dernier, car en feuilletant le magazine j'ai cru qu'il s'agissait de Fantomiald. Cruelle désillusion.
Autre nouveauté : les auteurs sont désormais crédités. J'ai pu ainsi découvrir, sans grande surprise en fait, que beaucoup étaient italiens. Il semble d'ailleurs que la reconnaissance de ces auteurs devienne plus fréquente puisque paraissait au même moment en kiosque la jeunesse de Picsou par Don Rosa. Même chez Disney et malgré des contraintes fortes, la bande dessinée d'auteur est possible.


Par martin
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Lundi 1 août 2005

Auteurs : Youn In-Wan / Yang Kyung-Il
Editeur : Pika édition

Commentaire : Je passe directement du tome 1 au tome 5, histoire de voir d'un coup l'évolution de la série. Les ingrédients initiaux sont toujours là, mais on note en plus un peu de romantisme avec un épisode entier de ce type. Plus d'humour est aussi intégré avec un personnage secondaire, faire-valoir manifeste du héros. Les héroïnes sont sexy et mystérieuses.
L'intrigue aussi a évolué et semble dépasser le cadre de l'épisode pour permettre à la série de former un tout cohérent
En bref une série bien symphatique et que je pourrais prendre plaisir à suivre. Il existe cependant beaucoup d'autres choses à lire certainement plus surprenantes. Donc fini pour moi avec le nouvel angyo onshi.


Par martin
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Mardi 2 août 2005

Auteur : Forest
Editeur : L'Association

Commentaire : En adaptant l'île mystérieuse de Jules Verne, Forest crée une oeuvre ambiguë à la fois s'inscrivant dans une tradition populaire et à la fois s'établissant comme une oeuvre d'auteur.
Mystérieuse matin, midi et soir est tout d'abord un récit d'aventure d'une soixantaine de pages utilisant le plus souvent un dispositif de planches à 3 bandes. L'évènement et l'action sont privilégiés à l'approfondissement de la psychologie des personnages. La narration enchaîne les péripéties tout en restant soigneusement dans son cadre. Par cela Mystérieuse matin, midi et soir ressemble à n'importe quelle BD classique d'aventures. Et il n'y a pas de volonté apparente de l'auteur à vouloir s'y soustraire.
C'est dans l'adaptation que Forest se révèle un auteur. L'histoire est transposée dans un univers de science-fiction d'un genre rarement vu. Dans un style graphique enlevé et peu détaillé, Forest décrit en quelques traits personnages, faunes ou végétations. Il faut associer à ce style graphique le choix des mots (le diphtongue, l'arbre minuit, l'île Pourquoi ...). Forest évoque plus qu'il ne décrit. Il est alors en rupture avec la science-fiction classique qui cherche à être cohérente et où les auteurs peinent à décrire précisément leur univers.
On peut ajouter encore la féminisation rafraîchissante de l'univers de Verne avec l'apparition de 2 personnages féminins dont l'héroïne mythique Barbarella.
En investissant un matériau populaire et en utilisant classiquement son média, Forest fait tout de même une oeuvre d'auteur. Tristement on doit constater qu'avec ce travail de réédition (datant de 2004), l'Association nous montre une branche de la bande dessinée peu exploitée et probablement morte aujourd'hui.


Par martin
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