Mercredi 30 août 2006


Auteur : Turgeon
Editeur : Editions Fichtre!

Commentaire :  La muse récursive est à la fois pour son auteur et pour son éditeur leur premier livre édité.
Et c'est pour moi une double occasion, celle de lire le livre d'un amateur érudit dont je suis les analyses (ô combien pertinentes) depuis quelques temps déjà et celle d'aborder pour la première fois la bande dessinée québécoise.
A la lecture de son blog, David Turgeon apparaît d’abord comme un admirateur des auteurs classiques : Herriman et Schulz pour les américains, Franquin et Macherot pour les européens. Des auteurs certes populaires pour la plupart mais aussi des auteurs dont le clacissisme s'exprime à travers une haute exigence esthétique.
Pourtant s'il fallait chercher un courant à David Turgeon je le rapprocherais des auteurs de l'employé du mois ou des taupes de l'espace.
Comme eux, Turgeon apparaît comme un auteur décomplexé sans souci apparent (et tape à l'œil) du travail chiadé. Loin de la recherche formelle de ses illustres références, le style de Turgeon semble dirigé uniquement par la volonté de raconter une histoire. A bas donc la forme parasite.
Ici le dessin n'est pas retravaillé, il semble jeté tel quel sur le papier. Si le détail, le beau, le juste (si cher à Sfar) ne semblent pas préoccuper l'auteur, plutôt que bâclé ou brouillon, je qualifierai son dessin de «juste suffisant». A l’opposé de la ligne claire qui retravaille sans cesse son dessin, ici le dessinateur semble garder son premier jet qu’il juge suffisant pour comprendre l’image.
L'auteur alors emporté par son élan ne s'attarde ni sur son dessin ni sur sa mise en page qui semblent dictés plus par l'acte d'écriture en cours que par celui de lecture encore à venir.
Ce procédé présente d'un côté un défaut de lisibilité graphique imposant au lecteur un effort de décryptage des cases tant celles-ci frôlent parfois l'abstraction, mais il répond de l’autre côté admirablement à une contrainte éditoriale évoquée par Jimmy BEAULIEU (auteur et éditeur québécois) :
"C'est important de pouvoir raconter rapidement en ayant, par exemple, un dessin détaché de la tradition d'artisanat-pour-faire-joli de la bande dessinée." (voir la note intitulée POP du 09/05/2006 pour plus de précisions)
Je crois que la muse récursive manifeste cela, un outil défini par son auteur pour lui permettre de produire rapidement les livres qu'il veut (pour preuve 3 livres d'une moyenne de 100 pages sont attendus d'ici début 2007).
La qualité d’auteur de Turgeon se niche donc non pas dans la forme mais dans le fait d’investir un genre populaire (ici le comics de superhéros) et d’y amener irrévérencieusement tout son joyeux bazar tant graphique que scénaristique.


 
Par martin - Publié dans : Lecture
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