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L S'AGIT ICI d'un compte-rendu
totalement subjectif de lecture d'une bande dessinée sur iPhone.
Cette lecture est la seule que j'ai faite sur mobile. Mes remarques ne sont donc pas des jugements définitifs quant aux capacités des téléphones mobiles pour y lire de la bande dessinée.
D'autant moins qu'il s'agit ici d'une adaptation d'une oeuvre existante et non d'une oeuvre créée spécifiquement pour ce support.
Dargaud est un éditeur historique de bandes dessinées, Anuman Interactive est un éditeur de logiciels de loisirs et de jeux vidéo. Ces 2 sociétés
appartiennent au groupe Media-Participations.
Alors parce que c'est le sens du progrès, parce que stratégie de convergence, parce que il vaut mieux agir que subir ou parce que n'importe quelle bonne raison technologique et
commerciale, ces deux sociétés se rencontrent à travers le logiciel BD Touch qui permet de lire sur iPhone des bandes dessinées. Dargaud
amène le fond et Anuman Interactive la technologie.
Et moyennant 2€39, L'ambassadeur des ombres de Mézières et Christin est désormais accessible sur mon téléphone portable.
Deux modes de lecture sont proposés au lecteur, la lecture libre et la lecture BD Touch qui le guide dans sa progression.
C'est par la lecture libre que je commence. Comme son nom l'indique ce mode laisse le lecteur libre de ses mouvements à l'écran. Partant de l'intégralité de la page à l'écran, il peut
agrandir l'image (action nécessaire s'il souhaite lire les textes), s'y déplacer en bougeant simplement son doigt dessus, ou la réduire à nouveau.
Dis ainsi, ce mode est proche d'une lecture classique. Mais dans la pratique il n'en est rien. Trop libre, le lecteur doit trouver lui-même le bon niveau d'agrandissement qui offre le
meilleur compris entre l'affichage du plus possible de dessins et la possibilité de lire les textes. De plus une fois, l'agrandissement effectué, le déplacement est des plus hasardeux. En
fonction de la mise en page, de ce qu'il se souvient avoir vu au départ de la page, le lecteur décidera d'aller à droite, en bas ou en diagonale, au petit bonheur la chance.
Avec ce mode, je me rends vite compte que je n'arriverai à rien. Alors autant passer à la visite guidée.
Un petit tutorial explique comment marche la Lecture BD Touch, finalement très simple.
Partant à nouveau de l'intégralité de la page à l'écran, une simple tape sur la droite de l'écran provoque un zoom sur la première case. Une nouvelle tape déplace le point de vue sur la
case suivante. Ainsi jusqu'à la dernière case de la page où la dernière tape fait tourner la page et recommencer le processus. Simple et a priori efficace.
Et encore une fois, il n'en est rien. Et pour une raison bien simple, l'écran du téléphone (sauf coïncidence) n'est pas homothétique au format des cases (elles mêmes de taille et
proportions différentes). On ne passe donc pas réellement d'une case à l'autre, mais d'une position-clé sur la page à une autre.
Cette position-clé est définie à la fois par ses coordonnées sur la page et par son niveau de zoom. Elle peut correspondre à une case, comme à seulement le bout d'une case ou encore à
plusieurs cases.
L'image suivante montre pour une page, les 8 positions-clés utilisées dans le mode Lecture BD Touch.
Le passage d'une position-clé à une autre est déclenché par le lecteur lorsqu'il effectue une tape sur la droite de son écran. Le point
de vue se déplace alors d'une position-clé à la suivante.
On voit sur cette image que l'ensemble des positions-clés ne couvre pas la page, et pire ne couvre pas tout le texte. Comme la vitesse de déplacement d'une position-clé à une autre est
fixe et rapide, il est simplement impossible de lire correctement le texte de cette page. Avouons que c'est plutôt embêtant.
La linéarité induite par ce mode est aussi particulièrement désagréable pour un lecteur de bandes dessinées (ce que nous sommes censés être encore). Impossible de faire ce va-et-vient
entre le particulier (la case) et le général (le strip ou la page). Difficile même de faire ce même va-et-vient entre le texte et l'image, difficile donc de lire et de regarder. Ici, on
nous demande de lire (parfois vite quand c’est lors du déplacement de point de vue) et de voir (petit et vite aussi). C'est une expérience de bandes dessinées amputée, comme si nous
regardions un film sur grand écran mais par le trou de la serrure.
Pourtant ce mode de lecture peut être amélioré. D'abord en donnant plus de positions-clés la lecture serait au minimum complète (condition indispensable au suivi d'une narration).
En permettant de passer d'une unité à une autre (de la case au strip, du strip à la page et inversement) par l'usage d'un zoom guidé par exemple, le lecteur garderait la lecture
pluri-vectorielle propre à la bande dessinée.
D'une manière générale, identifier le plus petit élément dans la page concernée (a priori la case, mais pourquoi pas une bulle, un bloc narratif ou une portion de dessin), sa relation
avec tous les autres éléments (en terme de séquence, mais aussi de hiérarchie), puis permettre au lecteur de se déplacer dans le réseau alors constitué rapprochait beaucoup l'expérience
de lecture sur téléphone de celle de lecture d'un livre.
Voilà je ne suis pas aller au bout de ma lecture, j’ai dépensé 2€39. J’ai perdu un peu d’argent, un peu de temps. D’un autre côté par ce financement j’ai aidé à l’innovation, et sans
jouer les oracles, on peut dire que cette adaptation n'est qu'une étape. C'est un compromis entre le coût et les capacités. L'investissement n'est que technologique. Et j'imagine que le
même procédé est appliqué à l'ensemble du catalogue de BDTouch.
Ce n'est clairement pas ici l'avenir de la bande dessinée sur mobile. À part peut-être les bandes dessinées au dispositif de type gaufrier ou de type strip, seules les bandes dessinées
créées spécifiquement pour téléphone mobile peuvent avoir de l'avenir sur ces appareils. Prochaine étape donc, la bande dessinée réalisée par Trondheim pour
l'iPhone.
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