Lundi 29 juin 2009

Auteurs : Mézières / Christin
Editeur : Dargaud


N LIT SUR WIKIPEDIA cette phrase :
"Mézières fut largement pillé par les décorateurs et les costumiers de George Lucas, qui possédait, entre autres, nombre des albums de Valérian dans sa bibliothèque, pour La Guerre des étoiles (1977)." Cela officialise désormais ce que Mézières proclame depuis des années, preuves par l'image à l'appui.

C'est un discours que j'ai toujours trouvé détestable. Que Lucas soit allé piocher chez Mézières est tout à fait possible. C'est le procédé de Lucas que de se nourrir de toutes cultures populaires.
Mais l'exercice de juxtaposition d'images que fait Mézières est fallacieux. Certainement pourraient-on juxtaposer d'autres sources à ces mêmes images, et encore plus certainement pourraient-on juxtaposer de nombreuses sources à de nombreuses images de Valérian.

Les créateurs graphiques de science-fiction souffrent d'un complexe que n'ont pas, à ma connaissance, les créateurs littéraires.
Asimov n'a pas inventé les robots, Herbert n'a pas inventé les livres-univers ou Dick les réalités parallèles.
En science-fiction encore plus qu'ailleurs, personne n'invente rien. La science-fiction appartient à la culture populaire, elle a évolué dans de nombreux médias. Avant qu'une idée se fige, réponde à des règles, se concrétise éventuellement dans un sous-genre, de nombreux auteurs l'auront au préalable utilisée et réutilisée. Voilà pourquoi j'ai toujours détesté ce besoin d'appropriation des idées par Mézières.

D'autant plus que Par les chemins de l'espace montre, si les lecteurs de Valérian en doutent, que Christin et Mézières reconnaissent et s'inscrivent dans cette tradition de la science-fiction.
On y trouve des histoires courtes autour de thèmes maintes fois rebattus. Dans la première histoire par ex., l'idée d'une forme de vie collectionnant les autres vies intelligentes rappelle le premier épisode de la série Star Trek. La forme des récits courte, allant droit à l'essentiel, cherchant la chute rappelle elle les nouvelles qui ont fait l'âge d'or de la science-fiction américaine.

Aucun doute, Valérian est un classique de la science-fiction. Mais Par les chemins de l'espace est à part dans la série Valérian. Ces histoires ont été réalisées pour le trimestriel Super Pocket Pilote qui entre 1968 et 1970 faisait vivre dans un format poche des courtes aventures à certains héros de Pilote.
Mézières n'est pas très à l'aise dans ce format réduit, et les articulations sont souvent hasardeuses. Et le format court ne permet pas encore aux auteurs de développer ni leur univers ni leurs idées, avec en particulier cette manière si française d'incorporer un message politique à un récit de science-fiction.

Mais par son côté pulp, ses histoires expéditifs et le trait tout à la fois descriptif et sensuel de Mézières, ce recueil me procure le même plaisir (et aussi un peu la même frustration) qu'un recueil de vieilles nouvelles de science-fiction. On y trouve le charme désuet de ces récits dans lesquels les auteurs ont à peine le temps de poser une idée, de décrire un monde que déjà il faut conclure et si possible en établissant une gentille petite morale.
Maintenant plutôt que de maugréer sur les empreints de Lucas, il serait mieux de resituer enfin Valérian dans son champ, celui de la littérature de science-fiction française.

Par martin - Publié dans : Lecture - Communauté : autour de la BD
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