Mardi 9 juin 2009

 

Auteur : Florence DUPRE LATOUR
Editeur : Gallimard / Bayou


E 8 MARS 2009 sur son site internet Joann Sfar faisait ce constat :
"Je me dis que beaucoup de jeunes gens ont compris que la bande dessinée pouvait devenir un vrai métier, alors ils pratiquent ça avec professionnalisme, livrent des histoires avec un début un milieu et une fin. Avec un dessin ni trop classique ni trop novateur, pour attirer le public sans passer pour des ringards. Ils font leur travail."
Et poursuivait ainsi :
"ça m'ennuie, de plus en plus, de ne pas finir les livres, les livres très bien dessinés mais rien de nouveau, les livres très bien écrits mais écrits par personne. Je n'aime pas lire un truc et me dire "j'aurais pu le faire moi-même". J'aime tellement quand c'est unique, quand c'est Florence Dupré Latour ou Riad ou Emmanuel Guibert ou Blain."

Mettons de côté l'idée de professionnalisation des auteurs, dans laquelle je ne vois pas de différence avec l'idée d'artisanat existant depuis des décennies.
Mettons de côté aussi cette notion vague de jeunesse qui empêche de se positionner dans le temps. Parle-t-il de ceux venus après lui ? de ceux apparus dans les 5, 10 ou 15 dernières années ? ou de ceux qu'il édite ? On ne saura pas.
Mettons donc de côté le raisonnement, pour ne garder que le ressentit que je reformulerai ainsi : en tant que lecteur et malgré une qualité certaine une impression forte d'uniformisation rend la lecture des nouveautés en bande dessinée ennuyeuse.
Je le reformule ainsi car c'est ainsi que je le ressens moi-même. Ha ! Un auteur, non des moindres et qui plus est un directeur de collection, fait ce constat un brin amer. Bien, et en plus il nous propose la solution. En plus d'auteurs en place (mais probablement pas des jeunes dans l'esprit de Sfar à ce moment là) comme Sattouf, Guibert ou Blain, il nous prescrit Florence Dupré Latour. Merci Docteur, je prendrai donc 3 tomes de Capucin disponibles dans votre officine.
Je n'ai pas de problème avec ça, rien de plus normal qu'un éditeur qui aime ce qu'il édite et qui cherche à le faire partager. Et que Florence Dupré Latour ait participé à l'adaptation télé de Petit Vampire ne change pas la donne.

J'ai donc lu Capucin dont on peut trouver ici le commentaire des tomes 1 et 2.
Avec le tome 3, l'auteure procède à un bond dans le temps. Capucin est devenu adulte, et prenant au pied de la lettre l'adage "le ridicule ne tue pas", Dupré Latour malmène incessamment son personnage. Niais et bodybuildé il devient ainsi un Conan ridicule dont le lecteur est invité à se moquer.
Les ingrédients sont les mêmes que dans les tomes précédents : usage de références de la culture populaire et humour potache enrobés dans une guimauve graphique psychédélique.
Le personnage de Capucin concentre désormais sur lui toute la cruauté de l'auteure et Capucin devient alors une sorte de farce assez drôle.
Mais la friandise est indigeste, par un attirail d'effets impressionnants Dupré Latour cherche dans l'outrance un style propre, unique.
Car ne l'oublions pas : nous nous ennuyions dans le gris ambiant, n'est-ce pas ? Et Sfar nous l'avait promis nous aurions de l'unique, pas du commun.
Mais plus qu’un caractère intrinsèquement unique, c’est à une course à l’originalité que me fait penser maintenant Capucin.

Deux choses me viennent à l’esprit qui s’enchaînent naturellement. D’abord la lecture récente de Rosalie Blum qui consacre Camille Jourdy comme une auteure à part et réellement unique malgré un style somme toute assez discret.
Puis me vient une citation de Moebius parlant des Jardins d’Edena (je cite de mémoire) : "Je veux désormais faire de la bande dessinée homéopathique".
Définitivement rien d’original dans le Capucin de Dupré Latour et peut-être même un chemin en cul-de-sac.

Par martin - Publié dans : Lecture - Communauté : autour de la BD
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