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OMME DANS TOUT bon conte pour enfant, ça commence par une perte. Pas celle de la mère ou du père (qui se fait seulement trancher le bras), mais
par celle de la richesse et du confort. Suite donc à un combat de chevaliers dans lequel son père perd son bras, la famille de Capucin perd du même coup son influence au près du
roi Arthur. Contraints de fuir leur château, privés de domestiques ils s'installent dans une bicoque dans la forêt. Et comble de la déchéance, Capucin est désormais obligé
de chercher du travail.
Là et comme le titre du premier tome l'indique, Capucin commettra d'abord des petits larcins (vol de fruits dans les
vergers) puis rapidement deviendra meurtrier, et enfin petit chef de guerre sacrifiant tout alors à l'assouvissement d'une vengeance.
Dans le second tome, Capucin est revenu à plus de sérénité, il voyage avec Merlin qui sous l'effet d'un charme l'a
dédoublé. Capucin a désormais un frère jumeau avec lequel il découvre le plaisir physique, le sentiment de faute et le trouble associé.
Dans cette aventure, ils croisent Saint Nicolas et un boucher mangeur d'enfants. A l'issue de l'histoire, les jumeaux se
séparent. L'un partira à l'aventure, alors que l'autre restera au près de Morgane qui apparaît alors comme ce qu'il reste de la famille reconstituée autour de Merlin et
elle.
Dans ces premiers tomes, Capucin croise des personnages de la culture populaire. D'abord ceux de la geste Arthurienne puis
ceux du folklore des régions de l'Est de la France. Mais Florence Dupré la Tour ne s'inscrit pas dans la tradition de ces récits, elle ne les utilisent ni respectueusement ni
irrespectueusement. Le récit se situe souvent dans le registre comique, et les figures qui sont convoquées subissent un traitement humoristique mais il est malheureusement potache. Loin
d'être iconoclaste comme on aurait pu s'y attendre, Florence Dupré la Tour traite Arthur, Merlin ou Saint Nicolas comme des guest stars faciles à
utiliser et dont on se moque gentiment mais qu'on ne bouscule pas trop. On pensait trouver Sacré Graal, on tombe sur Kaamelott.
Capucin n'est donc pas le dynamitage d'images mythiques auquel on pouvait s'attendre. C'est certainement que le sujet est
ailleurs. On est bien sûr tenté de faire le rapprochement avec la veine autobiographique de l'auteure (dont je n'ai lu que Forever ma soeur). Beaucoup de choses font écho entre les deux oeuvres. La perte d'une situation privilégiée et la brusque chute dans un monde dur rappellent
l'arrivée des deux soeurs à Lyon en provenance de la Guadeloupe. Puis la dualité omniprésente dans Capucin d'abord à travers le couple Capucin/Rostremond puis
par la gémellité explicite due à la magie de Merlin. L'usage de figures Arthuriennes peut être vu comme une continuation des jeux de rôle que pratiquaient l’auteure. Enfin de
petits détails graphiques comme la coiffure de Capucin qui rappelle celle de Florence.
La tentation de la lecture autobiographique est forte. Il faut pourtant la rejeter car elle appelle d'une part un décryptage qui
sous-entend que le sens est caché (ce que je postule être un mythe aussi bien dans le cas présent que dans toute autre oeuvre), et que d'autre part nous ne connaissons de la vie de
l'auteure que ce qu'elle a bien voulu nous laisser voir. Toute lecture en ce sens serait au minimum biaisée et certainement une impasse.
Ces deux tomes sont bien sûr un parcours initiatique. De ceux qui font passer un enfant innocent, inconscient à un adulte qui en a
chié.
Pour devenir adulte, l'enfant doit d'abord perdre ses illusions et passer à travers un nombre d'épreuves suffisamment dures pour
lui ouvrir les yeux.
Vol, meurtres, enrôlement de force dans une armée d'enfants et vengeances, Capucin négocie mal ces épreuves et glisse alors
sur une "mauvaise pente".
Retraite et pénitence l'absoudrons. Le voilà prêt pour la seconde épreuve, celle de la découverte de la sexualité. Ha quelle est
douce mais qu'elle est coupable et troublante quand à travers son jumeau elle se rapproche de l'onanisme.
Ces deux tomes ont bien des allures de parcours initiatique. Mais ce n'est là qu'un aperçu de la vie d'adulte. La vie est dure et
il faut faire les bons choix sous peine de devenir une méchante personne. La sexualité ça peut être bon et coupable à la fois. D'accord mais rien d'extraordinaire dans tout ça.
Florence Dupré la Tour ne fait que répéter des sujets déjà abordés ailleurs et par d’autres.
Coincé entre un humour potache et un thème non abouti, ces deux premiers tomes de Capucin sont bien trop légers et
n'offrent qu'un divertissement colorés et acidulés. Car il faut le dire, c'est bien par le dessin que Capucin m'a en premier lieu attiré. Celui-ci doucement psychédélique dans un
style biomorphique fait la part belle aux courbes et aux couleurs vives. Privilégiant les motifs et les formes décoratives, le dessin ose parfois flirter avec l'illisibilité et titille un
instant l'intérêt du lecteur.
Mises l'une derrière l'autre, les péripéties cruelles ou drôles s'enchaînent et ballottent un Capucin qui comme l'auteure
hésite à aller quelque part.
Dans un emballage pop, la sucrerie pétille bien sur la langue mais tout est inconséquent. Tiens c'est le titre du tome 3 qui, on le
verra, se révèle d'une toute autre dimension.
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