|
EPAYSEMENT ET aventure, voilà ce
qu'évoque pour moi la science-fiction avant même toute considération philosophique. C'est d’abord le space opera sous toutes ses formes : littéraire, bandes dessinées, cinéma, genre
auquel appartiennent Aquablue et Lanfeust des étoiles.
Plus jeune, j'avais apprécié le tome 4 d’Aquablue. Vatine y avait abouti son style, l'action et la science-fiction se déployaient dans une mise en page dynamique
(influence comics) agrémentée d'une touche encore discrète des codes du manga en pleine explosion (tramage et lignes de vitesse à outrance). Combats de vaisseaux spatiaux, de robots ou
d’êtres exotiques me contentaient. Mais même un bestiaire sophistiqué et cohérent ne suffit pas à créer de la fantaisie. Un trait maîtrisé, technique, adapté n'a pas une once de
sensualité. Parfois une situation, un dessin emporte mon adhésion quelques secondes, l'espoir naît, ça y est je vais être happé par l'histoire. Mais non.
Chez Cailleteau tout est stéréotypé pire convenu, les personnages et les scénarios ne sont que resucées, coquilles vides ou squelette sur lequel rien ne parvient à se
greffer. Tout me repousse dans ma mémoire à la recherche de ces autres oeuvres qui ont su sur les mêmes schémas se construire originales.
Ailleurs, chez Arleston, la volonté omniprésente d'humour potache me gave de filles sexy au dénuement récurrent, panneau routier sur la voie de l'érotisme. Cette volonté
encore génère ad nauseam des jeux de mots que même Goscinny n'aurait pas osé faire. On est là pour rigoler, mais ce n'est pas très drôle. Je souris un peu, il faut faire
bonne figure et puis Tarquin, entre deux blagues frivoles et un découpage approximatif, fait bien des efforts et me fait un peu pitié aussi, il aime ce qu'il dessine mais
aime-t-il ce qu'il lit ?
Bourgeon s'essaye au ridicule, involontairement. Dans Le cycle de Cyann, on retrouve son souci extrême du détail dans la reproduction d'une architecture, d'un
véhicule ou d'une tenue vestimentaire. Dans ses séries précédentes, cette précision documentaire était justifiée par un besoin supérieur, celui de la véracité historique. Et du même coup,
Bourgeon en appelait au savoir encyclopédique de chaque lecteur. Lire Les passagers du vent, c'est lire l'aventure de ses héros mais aussi la reconstitution
d'une époque que j'ai vue, étudiée, imaginée par ailleurs. C'est la mise en image de l'histoire contée mais aussi de toutes mes connaissances, aussi parcellaires soient-elles, de cette
époque. La véracité de la reproduction reçoit un écho de ma part.
Dans Le cycle de Cyann, c'est tout l'inverse. Rien ne me renvoie à une connaissance ou une expérience vécue, puisque tout est inventé. Une distance se crée,
Bourgeon a passé des heures, des jours, des semaines à peaufiner, à crédibiliser un univers que je ne connais que par les quelques dessins qu’il me propose et dans lequel
je ne pourrai jamais me projeter. Ces dessins n'appellent aucun prolongement, ils ne sont que le signe de son obsession créative.
De même l’érotisme qui auparavant pouvait s’expliquer par la liberté ou la grivoiserie des personnages, ne relève plus que du racolage le plus flagrant. Le cycle de Cyann c’est
tous les défauts de Bourgeon exacerbés et ne laissant d’autre choix au lecteur que de rejeter l’ensemble.
Après la science-fiction, il y a l’Histoire. Celle qu’investit Pellerin est la même que celle de Bourgeon. Mêmes recettes aussi mais encore plus
classiques, sans autre ambition que de divertir gentiment, sans faire de vague.
Yann et Berthet aussi se positionnent sur l’Histoire. Pin-up voudrait procéder de ce style serré que Yann avait ébauché avec
Chaland dans La comète de Carthage. Mais cette amourette déçue ne conduit qu'à une histoire de vengeance bien molle. Petit racolage encore et une quantité
phénoménale de références parasites apparaissent bien vite comme les éléments véritablement constitutifs de la série.
Voilà ma promenade en mainstream. Moins agaçante que ma récente excursion en alternatif. Mais tout de même décevante car avec un objectif de divertissement simple et léger je n’ai pas
trouvé mon compte. C’était pas de surprises avec ses bons et mauvais côtés.
|