Lundi 22 janvier 2007



Auteur : Woodring
Editeur : l'Association

Commentaire : Le tome 1 de Frank bien que constitué d'historiettes indépendantes peut être lu comme une histoire unique où Woodring met en scène la relation de 2 individus : Frank sorte de personnage candide à la fois curieux et craintif du monde qui l'entoure, et de l'homme-porc un être dégradé et fruste. C'est cette relation faite tout à la fois de peur, de mépris, d'apitoiement et de jalousie qui constitue l'objet du 1er tome.
Mais ce qui frappe le lecteur est, plus que le thème, la forme qu'il prend. Car Frank est avant tout un univers à l'apparence psychédélique.
A partir des formes du cartoon, de l'anthropomorphisme animalier propre aux dessins animés Woodring intègre de façon intensive à son univers des motifs ronds, le remplit d'une sorte de toupie volante, fait appel aux univers parallèles, crée un bestiaire et une faune improbables donnant ainsi l'impression d'un trip sous acide.
Il ne s'agit pas ici pour Woodring de dynamiter un genre mais plus d'amener dans un premier temps le lecteur sur un terrain connu qu'il préjugera inoffensif pour lui en montrer ensuite toute la cruauté.
Dans le tome 2 Woodring développe ce monde et chaque histoire (désormais complètement déconnectée des autres) est l'occasion pour le lecteur d'une nouvelle incursion extraordinaire dans ce monde hallucinant.
A cause de l'aspect général de cet univers, de sa non pérennité (on peut mourir dans une histoire et être à nouveau vivant dans la suivante) et de cette absence de texte propice à l'ambiguïté, le lecteur est tenté d'y voir onirisme et surréalisme. Mais la structure bien ordonnée des récits (à laquelle on pourrait ajouter des propos de l'auteur selon lesquels Frank constitue son travail le plus conscient) fait apparaître Frank comme un récit principalement codé.
On imagine alors derrière ces histoires hallucinées la vie réelle de l'auteur avec ses anecdotes plus ou moins passionnantes et qu'il nous livrerait ici camouflées, visibles uniquement à travers le filtre psychédélique de l'univers de Frank.
Malheureusement faute de clé on reste bien souvent extérieur à tout cela, mais parfois miraculeusement un sens universel se dégage et la cruauté, l'absurdité ou l'ironie du monde éclatent alors à nos yeux.
Je pense en particulier à ce récit où Frank sortant de chez lui voit l'homme-porc mangé par une sorte d'oiseau, la poule manger ses propres oeufs et l'homme à la grande bouche se mutiler. Frank rentrant chez lui écrit alors EXIT au dessus de sa porte.
Ou encore ce court récit où cherchant à attraper un animal, celui grossit au fur et à mesure que Frank amène un récipient toujours plus grand, jusqu'à ce que Frank effrayé se cache sous ce même récipient.
Ou toutes les histoires faisant intervenir l'animal de compagnie de Frank dont les capacités de métamorphose frôlent le merveilleux.
Malgré un sens souvent abscons, Woodring nous offre un monde parallèle mais encore connecté au notre.


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Mercredi 27 décembre 2006

Auteur : Mizuki
Editeur : Cornélius

Commentaire : Quand Cornélius, éditeur alternatif par excellence, se met au manga, on ne sait que penser. Est-ce la fin de tout ? Cornélius cède-t-il aussi à cette facilité éditoriale et révèle-t-il ainsi son vrai visage de marchand ? On peut légitimement s'inquiéter d'une telle dérive d'autant plus que le catalogue Cornélius a lui aussi son Tezuka (il faudrait d'ailleurs féliciter la personne responsable de cette présence de Tezuka chez le plus grand nombre d'éditeurs francophone).
Ah homme de peu de foi ! Non ce n'est pas cette fois encore que Cornélius faillira à ses principes d'exigence. Car il faut bien dire que la lecture de NonNonBâ est aussi réjouissante que son édition utile.
NonNonBâ apparaît à première vue comme un répertoire de yôkai (sorte de fantômes), mais au-delà de l'aspect folklorique, NonNonBâ est surtout à travers une chronique familiale et rurale un récit d'apprentissage (par la mort et le deuil notamment présents sous toutes les formes) dans lequel l'auteur nous conte sa jeunesse dans un village de bord de mer en 1930.
A travers une série d'épisodes sans construction romanesque apparente, Mizuki avançant lentement au fil des interrogations et des découvertes de l'enfance, nous montre comment sa personnalité a été marquée par deux figures majeures : NonNonBâ une personne âgée, pauvre et religieuse, et par son père un employé de banque peu zélé et plus attiré par les lumières de la modernité.
De la première, il découvre le monde des esprits, celui de la tradition en fait. Mizuki enfant est alors le dépositaire d'un savoir ancien que son aînée lui transmet oralement.
Du second, son père, il reçoit l'encouragement à devenir ce qu'il veut mais surtout celui-ci représente pour le jeune Mizuki le progrès et la modernité dans lesquels le Japon s'engage.
Et Mizuki enfant se construit ainsi entre passé et futur, entre tradition et progrès. Plus que les yôkai eux-mêmes c'est finalement cette manière d'interroger son histoire, de la faire sienne et de la partager à nouveau qui est au cœur de NonNonBâ.
Cornélius en proposant une préface et surtout des annotations au cours de la lecture fournit au lecteur de nombreux éléments lui permettant de mieux appréhender une culture étrangère et complexe et d'enrichir ainsi considérablement sa lecture.
Au calme de la narration, Mizuki associe un dessin simple évitant les excès caricaturaux des mangas et dans lequel cohabitent sans complexe la caricature des personnages et le réalisme des décors.
NonNonBâ a tout du livre parfait tant dans sa forme que dans son fond. Malheureusement, sans atteindre la catastrophe du David Boring de Clowes avec une faute d'orthographe abominable dès la première page, il reste quelques coquilles (orthographe principalement, mais aussi petite incohérence dans les notes sur l'âge de Mizuki enfant par exemple) et un principe de non remplacement des onomatopées quelque peu erratique. Rien de grave mais d'autant plus agaçant que le livre est par ailleurs excellent.


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Mercredi 27 décembre 2006

 

Commentaire :
Rien de neuf depuis ces numéros, mais ça se lit toujours avec plaisir et même si je ne suis pas la cible d'une telle publication.


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Jeudi 14 décembre 2006

Ici est disponible une plaquette de présentation de la sélection 2007 du festival d'Angoulême.

Il faut tout d'abord noter les efforts louables de cette sélection. Avec plus de 25 éditeurs (le nombre varie en fonction de la manière de compter, Dargaud / Kana pouvant représenter 1 ou 2 éditeurs), le paysage éditorial est représenté aussi bien qu'une sélection peut le faire. Delcourt, l'Association et Cornélius sont les principaux bénéficiaires. La nouvelle Futuropolis est représentée avec 2 livres * . Je n'ai lu que 5 livres sur les 50 présentés. Et comme il est de toute façon difficile de critiquer cette sélection sans avoir les 4000 livres dont elle est extraite, plutôt que dire qu'elle est pertinente je la qualifierai d'attrayante. La persistance du prix du patrimoine est aussi une bonne chose tant ce prix confirme le besoin vital d'un travail historique de la bande dessinée.

Les défauts ne viennent pas de la sélection elle-même, mais on peut en premier lieu, par exemple, s'interroger sur la pertinence de confronter Universal War One avec La Volupté. Deux livres qui n'ont rien à voir l'un avec l'autre mais qui chacun dans son genre (si La Volupté appartient à un genre) sont de grande qualité. On peut ensuite s'amuser de la prétention du jury qui s'autoproclame expert et nous indiquera les livres qu'il faut absolument lire grâce aux prix des Essentiels d'Angoulême. Cette notion est hautement risible et n'a d'égal que le ridicule du jury à vouloir identifier ces prétendus essentiels. On remarquera ensuite que le festival propose une nouvelle définition au terme alternatif qui est désormais synonyme d'amateur. Mais pour ne choquer personne on doit dire non-professionnel. Encore une action à mettre au crédit de l'idéologie BD qui n'autorise plus un éditeur à se positionner contre un mouvement général et le force de fait à rentrer dans le rang. Vive la grande famille unie de la BD. L'éditeur l'employé du mois concoure à la fois dans la sélection (avec Michel de Pierre Maurel) et pour le prix alternatif. Espérons que Sattouf (pris au hasard) ne sera pas vexé d'affronter un amateur.

Le travail de sélection est un travail qui impose un consensus (représenter les plus possibles d'éditeurs, de genres, d'auteurs etc.), des livres de qualité sont donc forcément absents de cette sélection. Alors l'attribution d'un prix contribue encore à cet affaiblissement du sens. Car, dans son souci d'universalité, le festival ne va mettre en évidence que 8 livres (1 meilleur album, 6 essentiels et 1 patrimoine) qui ne représenteront plus rien du tout. Finalement l'idéal serait de supprimer la notion de prix, de ne garder que la sélection comme un moindre mal et d'utiliser les ressources du festival (sa visibilité médiatique principalement) pour parler correctement de ces 50 livres sélectionnés. Au lecteur ensuite de faire son choix.


* On se rappellera que près de la moitié de la sélection de l'ACBD était constituée de livres de Futuropolis. Plus qu'une action de lobbying, on pouvait voir là une nouvelle preuve de l'indigence des membres de cette association. La ligne éditoriale de la nouvelle Futuropolis s'inscrit parfaitement dans la médiocrité de la BD entre auteurs faibles et prépondérance du scénario.

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Mardi 12 décembre 2006

Editeur : l'Association

Commentaire : Ce numéro de Lapin est le premier de l'ère post-Trondheim. Pour l'instant son départ n'est pas particulièrement marquant (pas plus que celui de David B quelques mois plus tôt) et ce Lapin est dans la lignée des précédents. Leur départ est celui de ceux qui voulaient amener Lapin et l'Association vers une veine plus romanesque. Puisque ceux-ci peuvent faire la même chose ailleurs, leur départ est une bonne chose, je dirais même un bon débarras. Il permet à l'Association de continuer de proposer autre chose, d'être alternatif en quelque sorte.
Et c'est pourquoi dans Lapin n°35 on trouve encore Max Andersson ou Gunnar Lundkvist qui illustrent à la fois bien ce côté alternatif (qui d'autre les éditerait ?) et la nécessité d'une démarche éditoriale cohérente et persistante (ces auteurs sont inlassablement invités de Lapin). Et le système fonctionne, je commence (au bout de combien d'années ? presque 10 ans, non ?) doucement à apprécier Klas Katt.
Ce numéro est composé pour presque la moitié d'un dossier spécial reprise. On y trouve Menu avec des hybridations (le terme est de l'auteur qui fait ici appel à l'Oubapo) en reprenant les couvertures des numéros 1 de métal hurlant, de l'écho des savanes et de fluide glacial ou en reprenant Chaminou de Macherot et Adieu Brindavoine de Tardi. Capron déstructure et éclate les couvertures de Lucky Luke, Baladi féminise le major Grubert ou Ruppert et Mulot retournent en enfance et jouent à Spiderman vs Daredevil. Entre hommage sincère et satire (particulièrement Benoît Jacques reprenant Tintin et les Schtroumpfs), voilà un très bon dossier.
Le seul bémol de ce numéro se trouve dans l'édito. Après les formules faciles (48CC, microcosme, Bédef) Menu manie désormais la flatterie. S'il rappelle que les revues sont essentielles et exigeantes (il amorce ici son arme), pourquoi se sent-il obligé de flatter son lecteur en lui disant qu'il est bien le seul à en lire encore ? Le coup est médiocre et paraît un peu désespéré. En souhaitant que ce ne soit pas sa dernière arme.


 
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Dimanche 26 novembre 2006

       

Auteur : Clamp
Editeur : Tonkam

Commentaire : Tokyo Babylon met en scène deux personnages (Subaru et Seïshiro) vivant une relation ambigüe à la fois sexuellement (il s'agit d'une relation homosexuelle non affirmée dont l'un des protagonistes est efféminé ou pour le moins androgyne) et sentimentalement (Seïshiro aime-t-il vraiment Subaru, s'en moque-t-il ou pire représente-t-il une menace pour lui ?). Les 7 tomes de Tokyo Babylon ont donc pour finalité de résoudre cette relation.
7 tomes c'est long et avant le grand final les auteurs cherchent à développer d'autres thèmes plus sociaux. En vrac sont abordés l'endettement des ménages, les brimades scolaires, la prise en charge des personnes âgées, des handicapés ou des malades.
Et là Clamp sort l'artillerie lourde et frappe fort à grands coups d'œils démesurés larmoyants, de mise en page épurée isolant les personnages dans leur peine indicible, de violents coups de vents décoiffants, de contrastes émouvants entre la cruauté du monde et la gentillesse maladive du héros.
Malheureusement ces thèmes sont seulement effleurés (on n'apprendra rien de la société japonaise en lisant Tokyo Babylon) et les procédés utilisés (propres au shôjo) n'ont pas d'autre fonction que de faire appel au pathos du lecteur qui est alors censé partager les émotions des personnages.
On pourrait peut-être parler du travail iconographique à travers le look tendance de Subaru et de sa sœur ou dans les dessins de couvertures et leur déclinaison autour de la croix. Mais ceci relève plus de l'emballage (ou du marketing pour utiliser un gros mot) et n'amène rien ni aux personnages ni à l'histoire.
Entre vacuité du propos et racolage des moyens, on se presse à lire les tomes pour arriver à ce qui présente encore quelque intérêt : la relation entre Subaru et Seïshiro. La fin ne peut être alors que décevante car, bien qu'amenant les explications attendues et la tragédie pressentie, le dernier tome ne résout pas pour autant leur relation la laissant en suspend.
Alors que l'intrigue principale annonçait une histoire tragique, sa mise en oeuvre à cause de digressions et de procédés stéréotypés l'affaiblit et finit par en éliminer tout intérêt. Tokyo Babylon est donc une oeuvre habile mais trop légère pour présenter un intérêt en dehors de son champ immédiat (celui de la bande dessinée de divertissement à destination des toutes jeunes filles).

       


 
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Lundi 20 novembre 2006

Titres : Biscuit # 2 / My road movie
Auteur : Nylso
Editeur : Le Simo

Commentaire : Il y a deux choses que j'aime chez Nylso. Tout d'abord le style de ses personnages qui les fait ressembler à des bonhommes Lego, cette apparence physique associée à une mise en page qui favorise les petites cases donne immédiatement une impression de "petit monde".
Ensuite le mode narratif de Nylso est celui de la lenteur, son découpage s'attache à décrire les actions des personnages. Obligé à prendre son temps, à ne pas simplement sauter d'une bulle à l'autre, le lecteur est contraint aimablement à se promener dans ses livres.
Même si on retrouve cet esprit dans ces deux livres (plus particulièrement dans Road Movie), ils ne sont cependant pas aussi indispensables que Jérôme d'Alphagraph. Ils présentent donc surtout l'intérêt d'être des œuvres de jeunesse.

Petite remarque : j'ai trouvé ces deux bouquins chez Album boulevard St Germain qui, malgré une rationalisation de leur rayon indépendant, offre encore le plaisir de la fouille et de la découverte inattendue.


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Mercredi 8 novembre 2006

Auteurs : Trondheim / Sfar / Kerascoët
Editeur : Delcourt

Commentaire : Une soudaine lassitude me tombe dessus à la lecture de ce nouveau tome. Nouveau tome ou plutôt encore un de plus, tant le gavage du lecteur me semble proche (il s'agit ici du 8ème Donjon que je commente en 15 mois, soit environ un Donjon tous les 2 mois).
J'avais apprécié le style graphique des Kerascoët à la lecture du Dojo du Lagon, mais passé ce moment d'euphorique changement et malgré leurs efforts pour cacher une trop grande technique les Kerascoët m'ennuient déjà (ils ont fort heureusement abandonné Donjon après ce tome).
Cet épisode est surtout l'occasion de faire une pause dans le récit et de redéfinir les enjeux de chaque personnage. Si cette remise à plat est la bienvenue, elle n'est cependant pas suffisante pour créer un regain d'intérêt à la série. Encore plus qu'avant se pose la question de la nature de Crépuscule, cette série qui avait commencé dans une ambiance sombre et tragique a lentement basculé dans un registre plus comique perdant ce qui faisait alors sa caractéristique.
Etrangement Crépuscule comme Zénith change de ton en même temps que de dessinateur. Autant j'y voyais un indice de la volonté des auteurs dans Zénith, autant dans Crépuscule j'y vois l'incapacité aux Kerascoët à mélanger 2 registres à la manière de Sfar. Peut-être peut-on espérer que le prochain épisode sera de la main (appliquée) de Sfar.


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Samedi 21 octobre 2006

Auteurs : Baraou / Dalle-Rive
Editeur : l'Association

Commentaire : Peu de choses à dire de ce premier tome.
Le titre et la 4ème de couverture laissent imaginer un projet plus vaste, et c'est probablement pour cela que la lecture d'un seul tome ne nourrit pas son lecteur.
Il faudra donc attendre la lecture d'autres épisodes pour se faire un avis plus précis (celui-ci datant de 2001, je dois être bien en retard et la série peut-être même finie).
Pourtant cette chronique contemporaine au ton léger et drôle (voir le traitement de la maladie ou le fait de nommer les personnages à l'aide de qualificatifs) servie par un dessin sans prétention mais toujours très juste commence très bien.


 
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Mercredi 18 octobre 2006

Auteurs : Konture
Editeur : l'Association

Commentaire : La principale caractéristique de l'œuvre de Konture est une interrogation continue et directe de sa propre écriture, un retour sur elle-même, dont la principale qualité est de provoquer une dénudation du code propice au rapprochement. Les barrières entre l'auteur, le narrateur et le personnage n'existent alors plus. Dans aucune oeuvre de bande dessinée un auteur ne m'a laissé ce sentiment de proximité.
Sclérose en plaques est le 6ème volume de ce qui constitue désormais une autobiographie de Mattt Konture, mais cette fois-ci ce n'est pas le procédé de mise à nu qui est intéressant, je serais même tenté de dire que celui-ci tend au maniérisme.
Sclérose en plaques est l'expression du besoin urgent de parler d'une douleur. C'est par l'écriture automatique (dont il est familier) que Konture trouve un moyen de répondre à cette urgence.
Il s'attache d'abord à rechercher dans son oeuvre passée des traces de cette maladie. Par découpage et collage de dessins de livres antérieurs il met en évidence l'existence de symptômes pré-diagnostic de la sclérose en plaques. Il est stupéfiant après tant et tant d'autobiographies d'en voir une jouer sous nos yeux son rôle de journal et révéler ainsi son caractère profondément indispensable (au moins pour son auteur).
A ce travail de souvenir, Konture ajoute celui de parler de sa douleur physique à travers de dessins dont l'expressivité est frappante (voir la magnifique couverture par exemple). Je suis d'ailleurs toujours surpris de cette contradiction entre un style général apparemment sale, négligé et le soin quasi obsessionnel apporté à certains dessins.

En ces temps troublés pour l'Association, je songe souvent à ces paroles déjà anciennes de Trondheim (références oubliées et citation approximative) : "L'Association doit publier des livres qui ne peuvent pas être édités ailleurs". Et qui d'autre pourrait éditer Mattt Konture ? Alors tant que l'Association éditera Konture, le monde aura du sens.


 
Par martin - Publié dans : Lecture
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