Jeudi 1 mai 2008


 

Auteur : Millionaire
Editeur : Rackham

Commentaire : Dans Sock Monkey on retrouve tous les personnages du strip Maakies du même auteur. A la différence qu'ici ces personnages assument leur statut de jouet.
Ainsi Oncle Gabby est un singe en peluche fait à partir de chaussettes (le sock monkey du titre donc) et Monsieur Corbeau est lui aussi une peluche (il est amusant de noter que les croix dans les yeux de Drinky Crow dans Maakies signifiant l'ivresse, n'ont plus ici cette valeur de symbole mais représentent simplement les fils qui tiennent les yeux de Monsieur Corbeau).
Le lecteur de Maakies n'est pas surpris par ce glissement du vivant vers l'objet, en effet régulièrement dans Maakies Tony Millionaire soulève un peu le voile et nous laisse deviner les sources matérielles de son inspiration graphique. Ces objets (bien réels) nous sont donc déjà un peu familier.
Les présenter tels qu'ils sont (et non travestis) montre au minimum l'importance de l'imaginaire de l'enfance pour Tony Millionaire.
Et cette épissode de Sock Monkey (n'ayant pas lu les autres je ne me permettrai pas de généraliser) peut être lu comme un livre pour enfant : un univers de jouets, une quête, un ballon-montgolfière et des monstres en constituent quelques éléments.
Mais Sock Monkey permet aussi de relire Maakies. En effet, si dans Sock Monkey un voile est levé (ou plutôt la couche nihiliste ou cynique n'est pas posée), on retrouve quelques échos avec Maakies. Et ce dès le début de cette épisode, Monsieur Corbeau, expliquant l'acte poétique d'a-nommage d'Oncle Gabby, dit :
"... en ôtant les noms des objets les plus communs, il les renvoie à leur originel, et ô combien magnifique, état ! Il est plus que tout impliqué dans la restauration de la beauté du monde."
Plus loin, en cours d'aventure, il ajoute :
"Les monstres sont là pour nous empêcher de "nommer" le monde et par là de ternir sa beauté !"
Première idée donc, la beauté existe, c'est celle d'un monde vierge de l'homme qui nommant les choses les a souillées. Beauté et nostalgie d'une époque idéale fantasmée donc.
Mais après avoir a-nommer les choses, après avoir vécu des aventures extraordinnaires, Oncle Gabby et Monsieur Corbeau prennent conscience que le passé est révolu et qu'ils l'oublieront même. Changeant de stratégie, ils nomment et du verbe naissent alors des objets et leur beauté. De restaurateurs, ils deviennent créateurs.
Deuxième idée donc, la beauté est possible, l'artiste (le poète ici) peut la créer.
De cette fable, seule la toute dernière image nous rappelle qu'il ne s'agit pas d'un conte pour enfant. Dans une ironie cruelle, Tony Millionaire nous montre ses deux héros courant à leur perte en se dirigeant vers un précipice qu'ils ont eux-mêmes créé.


pan>
par martin publié dans : Lecture
Jeudi 1 mai 2008
  

Auteurs : Bailly / Seiter / Mercier
Editeur : Delcourt

Commentaire : De cet univers d'Heroic-Fantasy qui sent fort le Tolkien, je n'ai rien retenu. Ni le nom des personnages, ni celui des races, ni les lieux, encore moins la cosmogonie et surtout pas l'histoire. Et alors que j'essaie de figer ce qui reste de ma lecture, je ne trouve que l'oubli.
Le coeur de sang est une production Delcourt avec tous les stéréotypes qu'elle peut alors véhiculer. Du genre si commun au style graphique dont le modèle de l'époque était peut-être Wendling. Cette série manque totalement de personnalité dans le fond et dans la forme.

Alors pourquoi ai-je lu cela ? D'abord par volonté d'une lecture rapide et divertissante (réussi pour le premier point, un peu moins pour le second). Mais aussi parce que de Bailly j'ai lu il y a quelques temps Angus Powderhill réalisé avec Brunschwig.
Le premier tome de Angus Powderhill m'avait marqué. Et quelques points de comparaison dans l'évolution du style de Bailly m'apparaissent maintenant.
Depuis Le coeur de sang son trait a gagné graphiquement en assurance et en personnalité. Incidemment sa mise en page s'est assagie, les procédés dynamisants (tels que l'insert, l'image sans bord ou à bord perdu) sont beaucoup moins systématiques et utilisés avec plus d'à-propos.
Ensuite Bailly travaille avec attention la ligne de tension (je crois que c'est le terme). C'est ce cheminement que l'auteur impose au lecteur pour passer d'une case à l'autre, pour que sa lecture circule dans un strip ou dans une page. Angus Powderhill possède sur ce point une évolution très forte dont le premier effet est la sacro-sainte lisibilité, mais dans ce cas précis je trouve que Bailly réussit à mettre en scène ses personnages d'une manière remarquable et utile à une histoire qui privilégie la psychologie à l'action.

Cela dit, Angus Powderhill (puisque c'est de ça dont je parle finalement) appartient au genre BD (s'il existe). Ce genre où l'histoire est essentielle, où l'empathie se confond avec le pathos, où une certaine morale joue (ne serait-ce que sous la forme "Je vais vous montrer comment est le monde"). Un genre où le media BD n'est que l'usage de techniques narratives permettant de développer les points précédents.
Cela dit, Angus Powderhill c'est très bien. Si si c'est très bien. Le coeur de sang un peu moins.


 
par martin publié dans : Lecture
Mardi 1 avril 2008

Il reste un tout petit mois avant la fermeture de l'exposition Toy Comix qui se tient dans la galerie des jouets du musée des arts décoratifs. Alors pour ceux qui sont sur Paris et qui ne l'ont pas encore vue, précipitez-vous !

Cette exposition est composée :
1. De 4 installations créées par des auteurs de bandes dessinées qui y ont mélangé des jouets appartenant à la collection du musée avec des éléments créés spécifiquement pour ces installations.
Pour moi, la réussite incontestable de cette exposition est l'installation de Benoît Jacques qui produit du merveilleux (ici autour de l'idée du vol) à partir de ses seuls jouets, il évoque alors chez le visiteur, sans nostalgie et sans le dévoyer, ce plaisir enfantin de l'imagination. Cette installation à elle seule vaut le déplacement.

Winshluss, Cizo et Felder, Chambre de démonstration avec enfant

 

Blanquet, Perte de connaissance sous les visages

 

Reumann et Robel, Elvis Studio

 

Benoît Jacques, poudre d'anges

 

2. De 18 histoires en 3 pages de bandes dessinées prenant pour sujet un jouet de la collection et réalisées par 18 auteurs différents.
Avec la contrainte du format court, il fallait des auteurs avec de fortes personnalités, et c'est bien le cas ici. Chaque histoire est un mélange de jeu d'enfant ("Les aventures de mon canard à roulettes", "Les cow-boys et les indiens") et d'un point de vue original et adulte (quel plaisir de lire Anke Feuchtenberger !).

3. D'un travail oubapien (6 auteurs réalisent des strips à partir des jouets utilisés par les 18 auteurs précédents).

4. D'interviews filmés des différents auteurs autour de leur jouet d'enfant et éventuellement de celui choisi dans cet exposition.

5. Du tampographe de Sardon : une installation faite de tampons fabriqués par l'auteur et d'illustrations faites avec ces mêmes tampons. Cette installation est bien moins enfantine que le reste de l'exposition, mais cette sorte de collection obsessionnelle de tampons est très impressionnante par sa saturation graphique.

 Sardon, tampographe 

6. De films de Thiriet mettant en scène le jouet Pecking Chicken (sorte d'oiseau mécanique picorant).

7. Du catalogue de l'exposition sous forme de livre édité par l'Association (faut-il le préciser ? JC Menu est co-organisateur de l'exposition) et reprenant les parties bandes dessinées de l'exposition.

A parcourir cette exposition, mon ressenti a d'abord été assez mitigé : l'installation de Winshluss, Cizo et Felder et celle de Reumann et Robel m'ont laissé perplexe ; le travail oubapien d'une manière générale m'indiffère (trop expérimental, je pense, pour un simple lecteur) ; l'exposition d'originaux reste pour moi très anecdotique.
Mais, je l'ai dit plus haut, certaines installations sont proprement enthousiasmantes. En particulier et tout d'abord celle de Benoît Jacques, ensuite celle de Sardon. Ces 2 là incitent à s'attarder.
Mais le véritable tour de force de Toy Comix est de réussir à utiliser la bande dessinée en dehors de son champ habituel, de lui faire traiter un thème imposé (les jeux d'enfance) et, évitant les écueils de ce genre d'exercice, de garder une démarche d'auteurs.
A l'enthousiasme enfantin produit par les installations s'ajoute alors celui de voir notre objet d'attention considéré un instant dans tout son potentiel et, presque paradoxalement, dans sa maturité.

 

par martin publié dans : Note
Vendredi 29 février 2008

 undefined


 

Auteurs : Divers
Editeur : Les taupes de l'espace

Commentaire : 12 mois dans une année = 12 numéros au format identique + une légère dérive résolue par une distorsion temporelle : l'année 2007 pour les taupes de l'espace se prolonge jusqu'en février 2008.
Gageons que les archéologues futurs souriront en découvrant ce procédé qui dans un paradoxe édito-temporel aura permis à Nylso de faire paraître en décembre 2007 une histoire datée de 2008. Oublions aujourd'hui cette astuce.
Derrière ses allures d'expérience sans hypothèse et ne suivant pas son protocole, l'objet (multiplicité finie de numéros commençant au 3 et se terminant au 14) est surtout le résultat d'un pari potache : "Chiche ? On fait pendant un an du nouveau journal de Judith et Marinette un mensuel !"
Pari tenu. Forcément.
Et de me demander : "Pourquoi lis-je le Nouveau Journal de Judith et Marinette ?". Et de me répondre : "Pour Lumineau bien sûr". Parfois l'univers est simple.

Voir aussi les notes 1 et 2.


pan>
par martin publié dans : Lecture
Mardi 5 février 2008

 undefined


 

Titre : Arq (tome 1) : Ailleurs
Auteur : Andréas
Editeur : Delcourt

Commentaire : Bascule du réel dans un fantastique peuplé d'êtres improbables. Un mystère s'épaississant. Symbolisme des lieux, des personnages. Narration parallèle. Mise en page recherchée en adéquation avec la narration, usage important de l'insert, vue du dessus, plongée, contre-plongée, panoramique. Tome d'introduction qui met en place l'ambiance, les personnages, les enjeux.
C'est très bien. Si si c'est très bien.
 

 undefined


 

Titre : Mickey Parade Géant n°301
Auteurs : Divers
Editeur : Disney

Commentaire : Toujours ce mélange plus ou moins réussi de classique (Picsou contre Flairsou concourrant au titre de président du club des millionnaires) et de volonté de modernisation (Mickey à la sauce Heroic-Fantasy). Ces bandes n'ont pas la qualité de celle-ci lue récemment, et c'est comme toujours à réserver aux fans.

 undefined


 

Titre : Le Génie des Alpages (tome 7) : Tonnerre et mille sabots
Auteur : f'murrr
Editeur : Dargaud

Commentaire : La seule règle que je m'impose à la lecture du Génie des Alpages est de lire 2 fois les gags avec un petit temps entre les 2 lectures. La première pour épuiser (très facilement, il faut bien dire) la lecture de premier niveau, celle qui permet d'identifier les actions, les événements (lecture particulièrement inintéressante). La seconde lecture est celle qui s'attache à faire jouer les articulations bien huilées du gag. Et d'y trouver là tout l'intérêt de cette bande.

 undefined


 

Titre : New X-Men : e is for extinction
Auteur : Morrison / Divers
Editeur : Marvel

Commentaire : Il s'agit du début du run de Morrison sur les X-Men. A vrai dire je ne sais pas ce que veux dire run quand on parle de comics, à part pour signifier que Morrison est le seul maître à bord pour une période correspondant à ce run. Ma connaissance des X-Men se résumant aux films et aux dessins animés, il m'est très difficile, voir impossible, de placer ce tome dans l'ensemble de la production de la série.
Mais il semblerait (aux amateurs du genre de le confirmer) que l'arrivée de Morrison aux commandes corresponde à une volonté éditoriale de relancer le titre (un relookage des personnages serait là pour confirmer ce renouveau voulu).
Dans tous les cas cette prise en main rapide et violente de la série par Morrison se révèle très réjouissante.
Prise en main violente car tout ce tome est marqué par la destruction. Celle d'une population entière d'abord provoquant la disparition de super-méchants puis de super-gentils aussi, mais aussi destruction des relations de certains personnages.
Morrison semble vouloir faire table rase du passé, et sur le chaos qu'il a créé il définit des enjeux immédiatement compréhensibles par le nouveau lecteur que je suis. Entrée en matière rapide donc.
On est bien sûr ici dans la bande dessinée de divertissement fortement auto-référencée. Et si une culture basique du monde des super-héros est suffisante, l'esprit (ou le contrat de lecture) lui doit être réglé sur la bonne fréquence pour apprécier la lecture.


pan>
par martin publié dans : Lecture

Pour vos petites faims ...

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus