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Mardi 13 octobre 2009 2 13 10 2009 18:43

Auteur : Blutch
Editeur : l'Association


L Y A DANS Sunnymoon une sorte de besoin d’évacuer tout ça, vite de manière foutraque, sans trop réfléchir, sans analyser, une manière où tout se télescope en une succession frénétique d’histoires courtes menées à 100 à l’heure.
Comme un enfant, Blutch ne fait pas la part des choses, tout se mélange, tout est aussi important, advienne que pourra.
Ce n’est pas le rejet d’un plaisir passé désormais honteux. Car bien que paru dans Fluide Glacial (on pourrait alors s’attendre à des histoires potaches voire gentiment iconoclastes), Sunnymoon est au contraire une forme ultime d’hommage à toute une culture populaire et enfantine dont la bande dessinée serait le paradigme.
En prise aux douces réminiscences (et dont celle de Forest omniprésente est la plus forte) provoquées par la multitude de citations, le lecteur jouit d’une lecture simple, innocente et naïve qui lui rappelle pourquoi il aime la bande dessinée.

L’édition de l’Association en plus de sa qualité de compilation est un très beau livre cartonné, dont la couverture aux aplats de couleurs vives ne cesse de m’intriguer.
Sans pudeur déplacée, Sunnymoon s’y expose nue. Cependant que deux bras censeurs masquent cette nudité au lecteur.
Ces bras tels les battants d’une porte de saloon invitent à les pousser pour découvrir totalement Sunnymoon.
Que signifie cette couverture ? Censure et racolage à la fois, cache-t-elle ou montre-t-elle ? Sunnymoon est-elle un personnage érotique ? Ou un personnage qui se dérobe ? Intrigant ...

Par martin - Publié dans : Lecture - Communauté : autour de la BD
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Jeudi 1 octobre 2009 4 01 10 2009 11:12

     

Auteurs : Divers
Editeur : l'Association


IRE UNE REVUE est une expérience très personnelle, bien plus encore qu'un livre. On y vient une première fois y prenant ce qu'on peut. Puis chaque nouveau numéro fait revenir au précédent d'abord pour retrouver, puis et c'est l'essentiel pour lire ce qu'on y avait raté. Comme dans un album de musique où certains titres fades à la première écoute deviennent nos préférés, des auteurs et des styles émergent par ces allers et retours. Seule une revue, cet hybride de livre et de périodique à usage unique, permet cet exercice qui mêlant l'instant de lecture à sa digestion lente participe à la formation du lecteur.
Lecteur de Lapin, tu n'es pas là pour savoir ce qui est in ou out, ne cherche pas à connaître le prochain Sfar ou David B. N'écoute pas les flatteurs maladroits, tu ne fais pas partie de quelques happy few. Lapin n'est pas une pépinière dont les graines à peine écloses seront récoltées par d'autres. Tu n'es pas non plus témoin d'une époque charnière où d'hypothétiques anciens passeraient le flambeau à de prétendus petits jeunes.
Soit humble, lecteur de Lapin, reconnais ton ignorance. N'oublie pas que si la bande dessinée n'évolue pas elle bouge sans cesse, et que toi toujours tu dois former ton oeil et ton esprit. Seule manière de réparer tes erreurs et de continuer à faire de belles lectures.

Par martin - Publié dans : Lecture - Communauté : autour de la BD
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Mardi 22 septembre 2009 2 22 09 2009 19:07

Auteur : Trondheim
Editeur : Ave!Comics (mais y-a-t-il vraiment un éditeur dans l'avion ?)


NE DES CHOSES que j’apprécie chez Trondheim c’est sa manière presque existentialiste d’aborder les problèmes. Alors que certains théorisent dans le vide, que d’autres trempent tout tremblant le bout du bout du petit doigt, Trondheim agit et réalise une bande dessinée quotidienne pour l’iPhone.

Bludzee raconte donc les aventures d’un petit chat noir, ne connaissant que l’appartement où il vit et découvrant le reste de l’univers par sa fenêtre ou par Internet.

Chaque jour est un gag avec cet art de la chute parfois absurde, parfois cynique que maîtrise Trondheim. L’ensemble forme une histoire continue dans laquelle on suit le chaton dans son évolution à travers la confrontation au monde.

Aujourd’hui je m’intéresserai surtout à l’aspect technique de la chose.
D’abord l’interface, simple et graphique elle est très intuitive. Au lancement de l’application un long menu vertical permet de reprendre sa lecture là où on l’avait laissé. Ce menu permet aussi de gérer son abonnement et l’avancement de sa lecture.
Chaque jour un nouveau gag est proposé, et pour chaque mois, le nombre d’histoires non lues est indiqué. Il est donc très facile de comprendre où on en est et de reprendre sa lecture.

De plus pour chaque mois, il existe un menu animé sous forme d’arbre qui à nouveau indique les journées non lues.

         

À l’achat de l’application (0,79 €) 2 mois sont offerts. Chaque mois supplémentaires coûte à nouveau 0,79 €. Financièrement, l’offre se tient.

Reste l’aspect purement bande dessinée.
Bludzee se lit image par image, d’une simple pression du doigt sur la droite de l’écran, on accède à l’image suivante qui apparaît par déplacement latérale.
Le choix de la lecture image par image est d’abord celui de la simplicité : la case (entité élémentaire de la bande dessinée) est visible dans son intégralité et surtout lisible sans aucune manipulation de type zoom ou déplacement. Simple mais efficace,
Bludzee n’est pas une bande expérimentale et Trondheim aborde le moyen technique avec une certaine prudence.
Quant au mode de déplacement latérale, celui-ci simule la lecture d’un strip horizontal. On ne peut cependant rien dire du montage initial, celui de la feuille de dessin de
Trondheim. Ici le dispositif n’est jamais montré, il est implicite, dû aux souvenirs de lecture sur d’autres supports. La partie purement bande dessinée est encadrée par des écrans de chargement (2 premières images) et par un écran dit de conclusion (dernière image) permettant de naviguer entre 2 journées (celle en cours et celle du lendemain). Le lecteur reconstitue pour chaque histoire le dispositif suivant :

  

Que peut-on déjà conclure de Bludzee ?
Premièrement que techniquement, la lecture est parfaite. La lecture image par image permet de voir et de lire sans aucune manipulation. Et l’application permet d’accéder facilement à chaque journée.
Bludzee est sur ce point une réussite complète.
Deuxièmement, je parle de dispositif mais c’est, je pense, un non-sens dans ce cas. C’est ma vision de lecteur de bande dessinée en livre qui cherche une analogie. Le strip n’existe pas réellement, on peut même imaginer qu’un lecteur ignorant des livres ne conçoive pas cette notion de strip tout en conservant une compréhension parfaite de l’histoire. Là encore
Bludzee est une réussite, Trondheim n’a pas cherché à faire entrer de force un dispositif de bande dessinée sur un appareil non adapté, il s’est au contraire adapté lui-même au support technique.
Troisièmement, et cela m’est évident maintenant, il faut pour lire une bande dessinée sur téléphone une application. Alors que dans le cas de
Valérian l’application devait palier aux insuffisances de l’appareil téléphonique et faisait passer le lecteur pour un assisté, ici l’application se fait naturelle. Jamais elle ne dit (et pour cause) que ce que l’on lit n’est pas fait pour ce support. Le média portable est donc constitué de l’écran du téléphone mais aussi de son logiciel. Et encore pour Bludzee, le logiciel utilisé est une réussite.

Bludzee est donc une réussite, et pourtant … Ce qu’il y a aujourd’hui ce sont des habitudes de lecture profondément ancrées et définies par l’objet livre. La plupart des lectures faites sur ordinateur (je pense aux formats Word et pdf) perpétuent encore la notion de page donc de mise en page et aussi de compilation de page. Ce qu’il manque donc aujourd’hui ce sont de nouvelles habitudes de lecture. Tant qu’elles ne seront pas en place, des œuvres comme Bludzee auront toujours ce petit goût de "ce serait tellement mieux en livre". Mais dans ce cas c’est, je crois, un désir de vieux con.
En attendant
Bludzee est tout à fait accessible dans l’état, il sera intégré à la bibliographie de Trondheim et certainement critiqué pour ce qu’il est.

 

Par martin - Publié dans : Lecture - Communauté : autour de la BD
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Jeudi 17 septembre 2009 4 17 09 2009 18:29

Auteur : Mizuki
Editeur : Cornélius


N PARLE PARFOIS d'horreur chez Mizuki, ce que je ne comprends pas. Il n'y a rien de destiné à provoquer la peur dans ses livres.
Dans les histoires qui constituent 3 rue des Mystères, bien sûr Mizuki parle de la mort. Celle qui dans La porte de l'univers tue un être cher et provoque la peine et la tristesse de cette perte. Mais le portail qui apparaît entre les 2 mondes (celui des vivants et des morts) permet au jeune héros de faire le deuil de sa soeur en lui rendant visite encore quelques dernières fois.
Mizuki parle aussi de la mort selon le questionnement métaphysique de "Qu'y-a-t-il après la mort ?", il y répond une première fois dans 3 rue des Mystères où l'autre monde est une copie du notre, une seconde fois dans La porte de l'univers où il s'agit d'un jardin magnifique.
Il n'y a pas de réponses précises ou définitives de la part de Mizuki qui n’est pas dans le dévoilement des mystères. Mais il y a dans ces histoires (bien plus que dans Kitaro je crois) une volonté moraliste.
Dans La fille du dernier train, un jeune mangaka est amoureux d'une femme morte restée sur terre en fantôme. Elle est finalement envoyée dans l'autre monde par un moine qui dit au héros :
"Clarifier la frontière entre la vie et la mort, c'est dans l'ordre de la nature. C'est la volonté supérieur."
Ici Mizuki devient moralisateur et d'une certaine manière conservateur, chaque chose doit être à sa place et l'homme ne doit pas aller contre cet ordre.
Mizuki oppose ainsi toujours à cet ordre naturel un défaut humain. Dans 3 rue des Mystères et dans L'ambroisie féline, c'est la prétention de l'homme à vaincre la mort qu'il moque, dans Moulin à yokaï c'est son incrédulité face aux rites ancestraux et dans Les crânes de l'oubli son irrespect des morts.
Dans ces histoires l’homme est seul face à un ordre plus grand que lui. Par son absence qui le définit alors en creux, Kitaro peut être vu comme celui qui accompagne les personnages et le lecteur dans leur découverte de l’autre monde, celui qui les prend par la main pour les rassurer. Car il n’y a pas de peur viscérale donc dans ces histoires, mais bien cette sorte d’effroi lovecraftien face à des idées qui dépassent notre entendement.

Par martin - Publié dans : Lecture - Communauté : autour de la BD
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Samedi 29 août 2009 6 29 08 2009 00:00
  


IN 1933, les éditeurs du magazine mensuel féminin américain Good Housekeeping devant le succès rencontré par les Silly Symphonies de Disney se sont rapprochés des dirigeants de ces studios pour convenir d'un arrangement bénéficiant aux deux entreprises. Good Housekeeping ferait paraître chaque mois une page pleine et en couleurs d'une bande dessinée qui annoncerait un court métrage Disney à venir.
Disney profitait alors de la très large diffusion du magazine (environ 2 250 000 d'exemplaires) et Good Housekeeping du caractère familiale des dessins animés Disney pour élargir son lectorat au delà des femmes à toute la famille.
Ainsi dès début 1934, Tom Wood se basant sur les story-boards des dessins animés et y sélectionnant des passages clé réalisait une page de bande dessinée en couleur (petite anecdote : la page de 1939 intitulée Donald’s Date proviendrait d'un story-board de Carl Barks qui travaillait alors au département scénario des studios Disney).
Après la mort de Tom Wood en Octobre 1940, ce fut Hank Porter qui dessina ces pages jusqu'en Septembre 1944.
Les premières pages sont des montages parfois maladroits, The Practical Pig doit par exemple être lu à la japonaise. Le besoin de condenser en une page un dessin animé de plusieurs minutes pouse à l'extrême l'ellipse narrative comme dans Society Dog Show où l'acte héroïque de Pluto est traité en une seule image incongrue. Mais à partir de 1941, on peut imaginer avec l'arrivée de Hank Porter, la mise en page se fait plus sophistiquée, la page gagne en cohérence et indépendance. La qualité de réalisation, la volonté de se rester proche du graphisme rond de l'animation font alors oublier que la fonction première de ces pages était publicitaire.

Ci-après quelques exemples de ces pages prises sur le blog de Mickael Sporn (à lire absolument pour considérer un point de vue pertinent et original sur l'animation aujourd'hui). Ces pages ont été aussi éditées dans le livre Mickey and the Gang paru chez Gemstone en 2005.

1938 - The Delivery Boy
 

1938 - The Practical Pig
 

1939 - Society Dog Show
 

1939 - Donald’s Date
 

1940 - Billposters
 

1940 - Fire Chief
 

1941 - The Little Whirlwind
 

1941 - The Art of Skiing

1941 - Timber
 

1941 - Goofy’s Glider


1941 - Golden Eggs


1941 - Canine Caddy


1941 - A Gentleman’s Gentleman


1941 - Truant Officer Donald


1942 - The Symphony Hour


1942 - Donald’s Camera 






Par martin - Publié dans : Lecture - Communauté : autour de la BD
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Mercredi 26 août 2009 3 26 08 2009 19:43

     

Auteurs : Christin / Mézières
Editeur : Dargaud


PRES UNE TENTATIVE de lecture sur téléphone portable et avant de parler de l'adaptation en dessin animé, j'ai relu quelques épisodes de Valérian dans le désordre le plus complet. C’est que je ne suis pas un lecteur ancien de Valérian, j’ai découvert la série sur le tard, ni par un bout ou l’autre mais par le milieu. Je crois ne l'avoir jamais lue dans son sens de publication.

Alors encore une fois j’ai pioché dans plusieurs de ses périodes. Ces périodes s’entendent sans lien a priori avec la diégèse et restent encore à définir.
Tout d'abord avec Le pays sans étoile Mézières enchaîne les morceaux de bravoure pendant que Christin tente une critique politique en opposant une société patriarcale à une société matriarcale. Pour atténuer l'aspect caricatural et le procédé un peu facile de renvoi dos à dos des protagonistes, les stéréotypes sont en plus inversés : dans la société patriarcale les hommes sont efféminés et dans la société matriarcale les femmes sont des guerrières impitoyables. Et les héros encore des héros classiques sauvent bien entendu la situation sans scrupules moraux.
Pour aller dans le sens de la définition des périodes, celle-ci serait celle de la SF classique avec au moins 4 critères :
- l’épisode repose sur un thème fort et généralement politique.
- indépendance au reste de la série.
- l’usage important de textes narratifs et descriptifs.
- présence de résidus cartoonesques dans le graphisme.
Bien qu’un peu désuet et risible, Le pays sans étoile traité avec beaucoup d'humour et de brio graphique est un bon épisode de Valérian.

Tous les lecteurs un peu assidus de la série le savent, ou du moins le ressentent-ils, quelque chose s'est perdu au fil du temps. Je dirais délité ; tout est là mais le ciment s’est désagrégé. Avec pour exemple le dernier épisode en date : L'Ordre des Pierres. Impossible pour moi d’analyser précisément aujourd’hui ce qui fait défaut. Certainement l’intrigue à laquelle le lecteur peine à s’intéresser. Et plus encore, je pense, la perte du merveilleux. Cette perte est-elle due à l’absence de nouvelles idées proprement fantastiques ? ou, je le crois plus volontiers, une mise en image qui ne suscite plus l’émerveillement ? Dans tout cet épisode, un lecteur pourra-t-il me citer une image, un dessin ou même un trait sur lequel il se sera un instant arrêté ?
Cette période délitée, dont je n’arrive pas à déterminer le début (est-ce Par des temps incertains ? Les Cercles du pouvoir ? ou avant encore ?), peut être caractérisée par :
- une dépendance forte au reste de la série.
- la disparition du merveilleux.

Entre ces 2 épisodes, se trouve le diptyque composé de Métro Châtelet direction Cassiopée et Brooklyn station terminus cosmos. Mêlant 2 trames narratives, l’une dans le présent l’autre dans le futur, le lecteur suit parallèlement le voyage de Laureline dans les étoiles et le combat terrestre de Valérian contre des monstres élémentaires. Le voyage est fantastique, l’intrigue s’égare avec plaisir sur les chemins de l’ésotérisme, les héros sont bousculés dans leurs archétypes (Valérian n’est pas à la hauteur et Laureline est transformée un instant en putain ou en fantasme c’est selon). Cependant on ne peut s’empêcher de se dire "tout ça pour ça" tant la dénonciation des faux-semblants qui sous-tend toute l’histoire est facile et se résume au lieu commun "les apparences sont trompeuses".
Toujours est-il que ce diptyque appartient à une troisième période plus ambitieuse dans sa forme. À la fois narrativement avec l’étalement d’une histoire sur deux épisodes. Et aussi graphiquement, avec l’abandon définitif d’un style cartoon de la part de Mézières.

Aucun épisode de Valérian n’est jamais parfait, thème trop léger ici, influence par encore digérée là, manque d’inspiration ou fatigue ailleurs. Mais parfois, souvent même, dans un assemblage un peu trop malin d’idées diverses, la bande dessinée fait entendre sa petite musique et le lecteur se perd un instant dans un plaisir graphico-narratif original.

Par martin - Publié dans : Lecture - Communauté : autour de la BD
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Vendredi 7 août 2009 5 07 08 2009 07:19
  


L S'AGIT ICI d'un compte-rendu totalement subjectif de lecture d'une bande dessinée sur iPhone.
Cette lecture est la seule que j'ai faite sur mobile. Mes remarques ne sont donc pas des jugements définitifs quant aux capacités des téléphones mobiles pour y lire de la bande dessinée. D'autant moins qu'il s'agit ici d'une adaptation d'une oeuvre existante et non d'une oeuvre créée spécifiquement pour ce support.

Dargaud est un éditeur historique de bandes dessinées, Anuman Interactive est un éditeur de logiciels de loisirs et de jeux vidéo. Ces 2 sociétés appartiennent au groupe Media-Participations.
Alors parce que c'est le sens du progrès, parce que stratégie de convergence, parce que il vaut mieux agir que subir ou parce que n'importe quelle bonne raison technologique et commerciale, ces deux sociétés se rencontrent à travers le logiciel BD Touch qui permet de lire sur iPhone des bandes dessinées. Dargaud amène le fond et Anuman Interactive la technologie.

Et moyennant 2€39, L'ambassadeur des ombres de Mézières et Christin est désormais accessible sur mon téléphone portable.

Deux modes de lecture sont proposés au lecteur, la lecture libre et la lecture BD Touch qui le guide dans sa progression.

C'est par la lecture libre que je commence. Comme son nom l'indique ce mode laisse le lecteur libre de ses mouvements à l'écran. Partant de l'intégralité de la page à l'écran, il peut agrandir l'image (action nécessaire s'il souhaite lire les textes), s'y déplacer en bougeant simplement son doigt dessus, ou la réduire à nouveau.
Dis ainsi, ce mode est proche d'une lecture classique. Mais dans la pratique il n'en est rien. Trop libre, le lecteur doit trouver lui-même le bon niveau d'agrandissement qui offre le meilleur compris entre l'affichage du plus possible de dessins et la possibilité de lire les textes. De plus une fois, l'agrandissement effectué, le déplacement est des plus hasardeux. En fonction de la mise en page, de ce qu'il se souvient avoir vu au départ de la page, le lecteur décidera d'aller à droite, en bas ou en diagonale, au petit bonheur la chance.
Avec ce mode, je me rends vite compte que je n'arriverai à rien. Alors autant passer à la visite guidée.

Un petit tutorial explique comment marche la Lecture BD Touch, finalement très simple.
Partant à nouveau de l'intégralité de la page à l'écran, une simple tape sur la droite de l'écran provoque un zoom sur la première case. Une nouvelle tape déplace le point de vue sur la case suivante. Ainsi jusqu'à la dernière case de la page où la dernière tape fait tourner la page et recommencer le processus. Simple et a priori efficace.
Et encore une fois, il n'en est rien. Et pour une raison bien simple, l'écran du téléphone (sauf coïncidence) n'est pas homothétique au format des cases (elles mêmes de taille et proportions différentes). On ne passe donc pas réellement d'une case à l'autre, mais d'une position-clé sur la page à une autre.
Cette position-clé est définie à la fois par ses coordonnées sur la page et par son niveau de zoom. Elle peut correspondre à une case, comme à seulement le bout d'une case ou encore à plusieurs cases.
L'image suivante montre pour une page, les 8 positions-clés utilisées dans le mode Lecture BD Touch.


Le passage d'une position-clé à une autre est déclenché par le lecteur lorsqu'il effectue une tape sur la droite de son écran. Le point de vue se déplace alors d'une position-clé à la suivante.
On voit sur cette image que l'ensemble des positions-clés ne couvre pas la page, et pire ne couvre pas tout le texte. Comme la vitesse de déplacement d'une position-clé à une autre est fixe et rapide, il est simplement impossible de lire correctement le texte de cette page. Avouons que c'est plutôt embêtant.

La linéarité induite par ce mode est aussi particulièrement désagréable pour un lecteur de bandes dessinées (ce que nous sommes censés être encore). Impossible de faire ce va-et-vient entre le particulier (la case) et le général (le strip ou la page). Difficile même de faire ce même va-et-vient entre le texte et l'image, difficile donc de lire et de regarder. Ici, on nous demande de lire (parfois vite quand c’est lors du déplacement de point de vue) et de voir (petit et vite aussi). C'est une expérience de bandes dessinées amputée, comme si nous regardions un film sur grand écran mais par le trou de la serrure.

Pourtant ce mode de lecture peut être amélioré. D'abord en donnant plus de positions-clés la lecture serait au minimum complète (condition indispensable au suivi d'une narration).
En permettant de passer d'une unité à une autre (de la case au strip, du strip à la page et inversement) par l'usage d'un zoom guidé par exemple, le lecteur garderait la lecture pluri-vectorielle propre à la bande dessinée.
D'une manière générale, identifier le plus petit élément dans la page concernée (a priori la case, mais pourquoi pas une bulle, un bloc narratif ou une portion de dessin), sa relation avec tous les autres éléments (en terme de séquence, mais aussi de hiérarchie), puis permettre au lecteur de se déplacer dans le réseau alors constitué rapprochait beaucoup l'expérience de lecture sur téléphone de celle de lecture d'un livre.

Voilà je ne suis pas aller au bout de ma lecture, j’ai dépensé 2€39. J’ai perdu un peu d’argent, un peu de temps. D’un autre côté par ce financement j’ai aidé à l’innovation, et sans jouer les oracles, on peut dire que cette adaptation n'est qu'une étape. C'est un compromis entre le coût et les capacités. L'investissement n'est que technologique. Et j'imagine que le même procédé est appliqué à l'ensemble du catalogue de BDTouch.
Ce n'est clairement pas ici l'avenir de la bande dessinée sur mobile. À part peut-être les bandes dessinées au dispositif de type gaufrier ou de type strip, seules les bandes dessinées créées spécifiquement pour téléphone mobile peuvent avoir de l'avenir sur ces appareils. Prochaine étape donc, la bande dessinée réalisée par Trondheim pour l'iPhone.  

Par martin - Publié dans : Note - Communauté : autour de la BD
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Mercredi 22 juillet 2009 3 22 07 2009 18:48

   

Auteurs : Rossi / Nury / Dorison
Editeur : Dargaud


A PREMIÈRE BANDE DESSINÉE que j'avais commentée ici était W.E.S.T. avec ses tomes 1 et 2, il y a 4 ans déjà. À cause d'une intrigue compliquée (c'est-à-dire inutilement difficile à suivre) et de Rossi que je jugeais empêtré dans cette histoire, j'avais laissé de côté cette série. 
Depuis 3 tomes sont sortis, les auteurs ont mis en place un système de diptyque autonome (appelé cycle) qui facilite l'accès à la série. On a donc maintenant 2 cycles clos et un troisième en cours. Vacances, recherche de lectures mainstream et disponibilité des 3 derniers tomes en bibliothèque m'ont fait revenir à W.E.S.T.

La bande dessinée de Rossi est définitivement celle de la tradition et des classiques. Tout dans son style semble porté vers ce but : comment servir au mieux l'histoire. Les scénaristes Nury et Dorison eux sont des modernes nourris à cette autre culture populaire qu'est la série télévisée. Le regroupement d'albums par 2 (nommé ici cycle mais qui aurait pu être aussi appelé saison) est fait dans ce souci de donner au lecteur des histoires courtes qui se suffisent à elles-mêmes et qu'il ne sera pas obligé d'attendre pendant des années. La succession de ces cycles donne l'apparence du feuilleton avec ses personnages que l'on retrouve et qui évoluent doucement. 

Joindre Rossi à Nury et Dorison est à première vue le mariage (certainement forcé par un éditeur dans sa recherche de la bonne formule) de la tradition et de la modernité.
Oui Blueberry chevauche toujours au côté de Rossi, mais celui réussit l'exploit (en tout cas moi il me bluffe) de ne pas se figer dans le classicisme et dans un même style qu'il approfondirait en traçant sans cesse le même sillon.
à la lecture des 2 premiers tomes, j'avais été dérangé par un dispositif bancal : espace inter-iconique variable, alignement des cases pas toujours bien fait, forme des bulles changeant sans raison, etc. Cela m'avait agacé.
Après 5 tomes, l'usage des codes reste fluctuant, incertain. Et j'ajouterais irrésolu. C'est cela en fait, Rossi ne se résout pas à définir son style, il est dans ce déséquilibre qui force à avancer. J'ai lu ces 3 derniers tomes avec beaucoup de plaisir, voyant désormais dans ces défauts qui m'énervaient la trace d'un auteur qui cherche, et appréciant car les acceptant mieux tous ces changements de mise en page et de trait (le traitement graphique du tome 5 qui élimine le trait modelant si caractéristique de Rossi est admirable et de plus parfaitement adapté à l'histoire).
Rossi porte ainsi en lui toute la modernité que l'on peut souhaiter trouver.

Ce n'est pas cette modernité que cherchent les éditeurs ni la plupart des lecteurs. Pour s'exprimer, il faut être dans l'air du temps et Nury et Dorison amènent cela. Leurs histoires mélangent sans complexe la série B à des intrigues géopolitiques et historiques formant ainsi des récits très denses. Ainsi dans le cycle 2, l'équipe de W.E.ST. se rend à la Havane pour éliminer un Santero (forme de vaudou local) sur fond de tentative d'annexion de Cuba par les états-unis. Mais entre coups de théâtres, traîtrises, scènes fantastiques ou d'actions remarquables et romances rapides l'intrigue est encore trop compliquée pour ce qu'elle amène. Et surtout, tout cela est très sérieux. C'est que les scénaristes ne sont pas de petits plaisantins, leur culture est large et va de l'art populaire à une connaissance précise de l'Histoire. Alors quand ils écrivent, ils ne rigolent pas. Et le lecteur à son tour pas plus.
Le cycle 3 qui met en scène une histoire de possession assez simple mais diablement efficace s'accommode mieux de ce style prétentieux et s'annonce bien meilleur que les 2 premiers.

Pour moi, W.E.S.T. reste une demi-réussite car trop proche d'un bon produit bien pensé et même si Rossi tire bien son épingle du jeu (ce qui fait que je suivrai la série), je suis attristé de le voir coincé ici et espère le revoir un jour avec Letendre pour des livres plus ambitieux.

Par martin - Publié dans : Lecture - Communauté : autour de la BD
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Lundi 29 juin 2009 1 29 06 2009 19:00

Auteurs : Mézières / Christin
Editeur : Dargaud


N LIT SUR WIKIPEDIA cette phrase :
"Mézières fut largement pillé par les décorateurs et les costumiers de George Lucas, qui possédait, entre autres, nombre des albums de Valérian dans sa bibliothèque, pour La Guerre des étoiles (1977)." Cela officialise désormais ce que Mézières proclame depuis des années, preuves par l'image à l'appui.

C'est un discours que j'ai toujours trouvé détestable. Que Lucas soit allé piocher chez Mézières est tout à fait possible. C'est le procédé de Lucas que de se nourrir de toutes cultures populaires.
Mais l'exercice de juxtaposition d'images que fait Mézières est fallacieux. Certainement pourraient-on juxtaposer d'autres sources à ces mêmes images, et encore plus certainement pourraient-on juxtaposer de nombreuses sources à de nombreuses images de Valérian.

Les créateurs graphiques de science-fiction souffrent d'un complexe que n'ont pas, à ma connaissance, les créateurs littéraires.
Asimov n'a pas inventé les robots, Herbert n'a pas inventé les livres-univers ou Dick les réalités parallèles.
En science-fiction encore plus qu'ailleurs, personne n'invente rien. La science-fiction appartient à la culture populaire, elle a évolué dans de nombreux médias. Avant qu'une idée se fige, réponde à des règles, se concrétise éventuellement dans un sous-genre, de nombreux auteurs l'auront au préalable utilisée et réutilisée. Voilà pourquoi j'ai toujours détesté ce besoin d'appropriation des idées par Mézières.

D'autant plus que Par les chemins de l'espace montre, si les lecteurs de Valérian en doutent, que Christin et Mézières reconnaissent et s'inscrivent dans cette tradition de la science-fiction.
On y trouve des histoires courtes autour de thèmes maintes fois rebattus. Dans la première histoire par ex., l'idée d'une forme de vie collectionnant les autres vies intelligentes rappelle le premier épisode de la série Star Trek. La forme des récits courte, allant droit à l'essentiel, cherchant la chute rappelle elle les nouvelles qui ont fait l'âge d'or de la science-fiction américaine.

Aucun doute, Valérian est un classique de la science-fiction. Mais Par les chemins de l'espace est à part dans la série Valérian. Ces histoires ont été réalisées pour le trimestriel Super Pocket Pilote qui entre 1968 et 1970 faisait vivre dans un format poche des courtes aventures à certains héros de Pilote.
Mézières n'est pas très à l'aise dans ce format réduit, et les articulations sont souvent hasardeuses. Et le format court ne permet pas encore aux auteurs de développer ni leur univers ni leurs idées, avec en particulier cette manière si française d'incorporer un message politique à un récit de science-fiction.

Mais par son côté pulp, ses histoires expéditifs et le trait tout à la fois descriptif et sensuel de Mézières, ce recueil me procure le même plaisir (et aussi un peu la même frustration) qu'un recueil de vieilles nouvelles de science-fiction. On y trouve le charme désuet de ces récits dans lesquels les auteurs ont à peine le temps de poser une idée, de décrire un monde que déjà il faut conclure et si possible en établissant une gentille petite morale.
Maintenant plutôt que de maugréer sur les empreints de Lucas, il serait mieux de resituer enfin Valérian dans son champ, celui de la littérature de science-fiction française.

Par martin - Publié dans : Lecture - Communauté : autour de la BD
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Mardi 9 juin 2009 2 09 06 2009 18:23

 

Auteur : Florence DUPRE LATOUR
Editeur : Gallimard / Bayou


E 8 MARS 2009 sur son site internet Joann Sfar faisait ce constat :
"Je me dis que beaucoup de jeunes gens ont compris que la bande dessinée pouvait devenir un vrai métier, alors ils pratiquent ça avec professionnalisme, livrent des histoires avec un début un milieu et une fin. Avec un dessin ni trop classique ni trop novateur, pour attirer le public sans passer pour des ringards. Ils font leur travail."
Et poursuivait ainsi :
"ça m'ennuie, de plus en plus, de ne pas finir les livres, les livres très bien dessinés mais rien de nouveau, les livres très bien écrits mais écrits par personne. Je n'aime pas lire un truc et me dire "j'aurais pu le faire moi-même". J'aime tellement quand c'est unique, quand c'est Florence Dupré Latour ou Riad ou Emmanuel Guibert ou Blain."

Mettons de côté l'idée de professionnalisation des auteurs, dans laquelle je ne vois pas de différence avec l'idée d'artisanat existant depuis des décennies.
Mettons de côté aussi cette notion vague de jeunesse qui empêche de se positionner dans le temps. Parle-t-il de ceux venus après lui ? de ceux apparus dans les 5, 10 ou 15 dernières années ? ou de ceux qu'il édite ? On ne saura pas.
Mettons donc de côté le raisonnement, pour ne garder que le ressentit que je reformulerai ainsi : en tant que lecteur et malgré une qualité certaine une impression forte d'uniformisation rend la lecture des nouveautés en bande dessinée ennuyeuse.
Je le reformule ainsi car c'est ainsi que je le ressens moi-même. Ha ! Un auteur, non des moindres et qui plus est un directeur de collection, fait ce constat un brin amer. Bien, et en plus il nous propose la solution. En plus d'auteurs en place (mais probablement pas des jeunes dans l'esprit de Sfar à ce moment là) comme Sattouf, Guibert ou Blain, il nous prescrit Florence Dupré Latour. Merci Docteur, je prendrai donc 3 tomes de Capucin disponibles dans votre officine.
Je n'ai pas de problème avec ça, rien de plus normal qu'un éditeur qui aime ce qu'il édite et qui cherche à le faire partager. Et que Florence Dupré Latour ait participé à l'adaptation télé de Petit Vampire ne change pas la donne.

J'ai donc lu Capucin dont on peut trouver ici le commentaire des tomes 1 et 2.
Avec le tome 3, l'auteure procède à un bond dans le temps. Capucin est devenu adulte, et prenant au pied de la lettre l'adage "le ridicule ne tue pas", Dupré Latour malmène incessamment son personnage. Niais et bodybuildé il devient ainsi un Conan ridicule dont le lecteur est invité à se moquer.
Les ingrédients sont les mêmes que dans les tomes précédents : usage de références de la culture populaire et humour potache enrobés dans une guimauve graphique psychédélique.
Le personnage de Capucin concentre désormais sur lui toute la cruauté de l'auteure et Capucin devient alors une sorte de farce assez drôle.
Mais la friandise est indigeste, par un attirail d'effets impressionnants Dupré Latour cherche dans l'outrance un style propre, unique.
Car ne l'oublions pas : nous nous ennuyions dans le gris ambiant, n'est-ce pas ? Et Sfar nous l'avait promis nous aurions de l'unique, pas du commun.
Mais plus qu’un caractère intrinsèquement unique, c’est à une course à l’originalité que me fait penser maintenant Capucin.

Deux choses me viennent à l’esprit qui s’enchaînent naturellement. D’abord la lecture récente de Rosalie Blum qui consacre Camille Jourdy comme une auteure à part et réellement unique malgré un style somme toute assez discret.
Puis me vient une citation de Moebius parlant des Jardins d’Edena (je cite de mémoire) : "Je veux désormais faire de la bande dessinée homéopathique".
Définitivement rien d’original dans le Capucin de Dupré Latour et peut-être même un chemin en cul-de-sac.

Par martin - Publié dans : Lecture - Communauté : autour de la BD
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